Pendant longtemps, je me suis dit que j’étais simplement mauvaise pour reconnaître les gens.
J’ai presque toujours vécu ces petits moments de gêne où une personne me salue avec enthousiasme alors que je cherche désespérément qui elle est. Je finis souvent par retrouver son identité, mais seulement après quelques secondes de flottement.
Pourtant, certains visages sont plus faciles que d’autres.
Quand une personne possède un détail très marqué, des sourcils particuliers, des paupières caractéristiques ou un autre trait vraiment distinctif, je parviens beaucoup mieux à la reconnaître. Ce sont ces détails qui s’impriment dans ma mémoire.
Le véritable déclic est venu d’une réflexion qui m’a profondément surprise.
Un jour, je me suis rendu compte que je n’arrivais pas à imaginer le visage de mon propre copain.
Je savais parfaitement qui il était. Je connaissais sa voix, son sourire, sa personnalité. Mais lorsque j’essayais de le visualiser mentalement, son visage m’échappait.
J’ai alors pris des photos de lui et je me suis mise à les observer attentivement.
J’ai mémorisé la couleur de ses yeux.
Le petit espace entre ses sourcils.
La forme particulière de ses paupières.
Petit à petit, en décomposant son visage en plusieurs éléments, j’ai réussi à construire une image mentale que je peux aujourd’hui retrouver beaucoup plus facilement.
Cette expérience m’a fait comprendre que je n’enregistrais pas spontanément les visages comme la plupart des gens.
Je les apprends.
Comme on apprend une carte ou un paysage.
En observant chaque détail.
En les mémorisant un à un.
Depuis toujours, je remarque aussi que j’identifie les personnes grâce à leur démarche ou à leur coiffure.
Pendant longtemps, j’ai pensé que c’était simplement parce que j’étais myope.
Mais en y repensant, même avec des lunettes parfaitement adaptées, je continue à reconnaître les gens avant tout grâce à leur façon de marcher, leurs cheveux ou leur silhouette.
Le visage, lui, arrive souvent en dernier.
Aujourd’hui, je me demande si ces stratégies ne m’ont pas accompagnée toute ma vie sans que je m’en rende compte.
Pendant des années, je pensais simplement que j’observais les gens différemment.
Je découvre peu à peu que je les reconnais surtout… autrement.