Récemment, j’étais en dédicace dans une librairie.
Les personnes venaient me voir, nous échangions quelques mots, puis je signais leur livre.
Tout se passait bien.
Jusqu’à ce qu’une femme arrive devant moi.
Immédiatement, j’ai su une chose :
Je la connaissais.
Aucun doute là-dessus.
Son visage m’était familier. Ce n’était pas une inconnue. Nous nous étions déjà rencontrées et, manifestement, elle me connaissait également.
Il ne restait qu’un minuscule problème.
Je n’avais absolument aucune idée de qui elle était.
Et soudain, il faut écrire un prénom
Dans beaucoup de situations, on peut gagner du temps.
On sourit.
On dit :
« Ça me fait plaisir de te voir ! »
On engage la conversation.
On attend patiemment qu’un indice apparaisse.
Un lieu.
Un souvenir commun.
Le nom d’une autre personne.
Et, avec un peu de chance, l’identité finit par revenir.
Mais lors d’une dédicace, il existe un moment particulièrement cruel.
Celui où l’on ouvre le livre, stylo à la main, et où il faut écrire :
« Pour… »
Pour qui ?
Panique.
Je ne pouvais décemment pas lui demander son prénom alors que tout, dans notre échange, indiquait que j’étais censée la connaître.
Alors mon cerveau s’est mis en mode survie.
Il fallait rédiger une dédicace chaleureuse, personnelle et parfaitement crédible…
sans utiliser son prénom.
J’ai trouvé un subterfuge.
Une formulation suffisamment naturelle pour que le prénom ne soit jamais nécessaire.
Dédicace écrite.
Livre signé.
Mission accomplie.
Elle est repartie avec son livre.
Et moi avec cette étrange petite victoire : réussir à cacher que je n’avais toujours pas retrouvé son identité.
Parce que la prosopagnosie, parfois, ce n’est pas seulement ne pas reconnaître quelqu’un.
C’est aussi devenir extrêmement douée pour terminer une phrase qui commence par « Pour… » sans jamais écrire ce qui devrait venir juste après.