J’ai trouvé un inconnu très séduisant. C’était mon amoureux.

J’ai toujours eu un faible pour les roux.

Avec le recul, je me demande même si ce n’est pas l’une des raisons pour lesquelles je suis tombée amoureuse de celui qui allait devenir mon mari. Un roux, ça se repère. Pour une prosopagnosique, c’est presque un luxe.

L’histoire se passe à la fin des années 1980.

À cette époque, les Renault 5 vertes semblaient pousser naturellement sur les parkings français. Il y en avait partout.

Je me promène à pied dans le centre-ville de Nantes lorsqu’une R5 verte avance doucement à ma hauteur, vitres ouvertes.

Au volant, un rouquin.

Et là…

Je ressens immédiatement une très forte attirance pour cet homme.

Mon cerveau se met à discuter avec lui-même.

« Ce n’est pas sérieux… »

« Tu ne vas quand même pas draguer un inconnu en pleine rue… »

« Tu es en couple. »

« Tu es même très amoureuse de ton copain. »

« Franchement, ressaisis-toi ! »

Pendant que je me fais la morale avec une conviction admirable, la voiture continue d’avancer au ralenti.

Le conducteur s’arrête juste à ma hauteur.

Il me regarde.

Il sourit.

Et il lance, visiblement très amusé :

« Alors ? On rêve ? »

À cet instant seulement, tout se remet en place.

Le rouquin mystérieux.

La Renault 5 verte.

La voix.

Le sourire.

Ce n’était pas un inconnu incroyablement séduisant.

C’était… mon amoureux.

Celui que j’étais justement en train de défendre avec autant d’ardeur dans ma conversation intérieure.

J’avais passé plusieurs secondes à lutter contre la tentation d’être infidèle…

…avec mon propre compagnon.

C’est l’une de mes anecdotes préférées pour expliquer la prosopagnosie.

Parce qu’elle fait rire.

Mais elle raconte aussi quelque chose d’important.

Je pouvais être profondément amoureuse d’un homme, reconnaître sa voix entre mille, connaître sa façon de sourire, ses gestes, son humour…

Et pourtant, quelques secondes auparavant, son visage ne m’avait pas permis de savoir que c’était lui.

Je ne pouvais même pas imaginer le visage de mon copain

Pendant longtemps, je me suis dit que j’étais simplement mauvaise pour reconnaître les gens. J’ai presque toujours vécu ces petits moments de gêne où une personne me salue avec enthousiasme alors...

Deux heures plus tôt, ce médecin s’occupait de moi. Je ne l’ai pourtant pas reconnu.

Le premier souvenir dont je suis certaine remonte à un moment très particulier de ma vie. Je venais de faire un malaise, peu de temps après avoir vécu un grave accident et un choc psychologique...

Je peux dire trois fois bonjour au même client sans le reconnaître

Je suis caissière. Dans mon travail, je vois passer beaucoup de visages chaque jour. Des clients réguliers, des clients de passage, des collègues, des personnes que je croise plusieurs fois dans la...

Je ne reconnais pas un visage, je reconnais une collection de détails

J’ai le sentiment que les visages familiers ne s’enregistrent pas chez moi comme un tout. Ce n’est pas une image complète, claire, que je pourrais retrouver facilement dans ma mémoire. C’est plutôt...

J’ai découvert à 78 ans que mes difficultés avaient un nom

La plus grande partie de ma vie, je n’ai pas su que j’avais un handicap pour reconnaître les visages. Je savais que je reconnaissais difficilement certaines personnes. Je savais que les visages...

Je fais parler les gens pour comprendre qui ils sont

Je reconnais les membres de ma famille proche : mes parents, mon frère et ma sœur. Peu importe le lieu ou le contexte, je sais qui ils sont. Enfin, il faut dire qu’ils vivent à trois heures de...

À Amsterdam, je reconnaissais sa voix, mais pas son visage

e suis partie à Amsterdam avec un groupe de mon lycée. Je ne connaissais presque personne, ce qui n’était pas franchement rassurant, mais une fille est venue me parler. Elle non plus ne connaissait...

Pendant une heure, j’ai travaillé avec mon ancien collègue sans le reconnaître

Ma sœur jumelle rencontre exactement les mêmes difficultés que moi. Pendant longtemps, elle a été la seule personne avec laquelle je pouvais vraiment parler de ce que nous vivions. La seule à...

“Tu sais comment je m’appelle?”: le piège au bureau

Mes questions ont vraiment commencé le jour où j’ai travaillé à un guichet, à la vente. Il m’arrivait que des clients reviennent dans la même journée… et que je ne me souvienne pas d’eux. Sur le...

Il me faut trois rencontres pour commencer à te reconnaître

Je dois rencontrer une personne au moins trois fois avant de commencer à la “reconnaître”. Et encore, ce n’est pas automatique : c’est plutôt une construction progressive, comme si mon cerveau avait...