e suis partie à Amsterdam avec un groupe de mon lycée. Je ne connaissais presque personne, ce qui n’était pas franchement rassurant, mais une fille est venue me parler. Elle non plus ne connaissait pas grand monde. On a échangé nos Instagram, puis on a découvert qu’on adorait toutes les deux les livres fantastiques. Très vite, on s’est mises à discuter souvent, à s’échanger des romans, à se retrouver presque tous les jours.
Sauf qu’il y avait un problème : à chaque fois qu’elle venait vers moi, je ne la reconnaissais pas.
Il me fallait quelques secondes, parfois un peu plus, pour comprendre qui elle était. Ce n’est qu’au moment où elle commençait à parler que tout se remettait en place. Sa voix, sa manière de me parler, l’habitude de nos échanges… là, je la reconnaissais. Mais son visage seul ne suffisait pas. Il m’a fallu presque trois semaines, alors qu’on se croisait presque tous les jours, pour commencer à la reconnaître sans avoir besoin de l’entendre.
Pendant ce même voyage, il y avait aussi ma correspondante. Et là encore, j’étais incapable de la différencier dans son groupe d’amies. Je demandais sans cesse à cette fille du lycée laquelle était ma correspondante, ou parfois c’était l’inverse. Heureusement, elle a été d’une gentillesse incroyable. Elle m’a aidée toute la semaine, sans se moquer, sans me mettre mal à l’aise, juste en me donnant les repères qu’il me manquait pour ne pas être complètement perdue.
Avec le recul, cette histoire me semble raconter très précisément ma manière de reconnaître les gens : ce n’est pas le visage qui me guide d’abord, mais la voix, le lien, la répétition, la manière d’être. Et quand tout cela manque, je flotte. Je tâtonne. Je cherche.
Longtemps, je n’ai pas compris pourquoi.
Aujourd’hui, je commence enfin à mettre un mot dessus.