“Tu sais comment je m’appelle?”: le piège au bureau

Mes questions ont vraiment commencé le jour où j’ai travaillé à un guichet, à la vente. Il m’arrivait que des clients reviennent dans la même journée… et que je ne me souvienne pas d’eux. Sur le moment, c’était une gêne très particulière: tu sais que tu devrais reconnaître, tu sens que l’autre s’attend à une continuité, et toi tu repars à zéro. Je souriais, je faisais comme si, mais à l’intérieur je me sentais mal.

À l’époque, ça restait “gérable” parce que je travaillais dans une petite structure. Le nombre de visages à retenir était limité, et le contexte faisait beaucoup. Mais depuis quatre ans, je suis dans une structure plus grande, sur un poste administratif, et sur deux lieux différents. Là, la difficulté a pris une autre ampleur.

Avec les collègues que je vois toutes les semaines, ça va. La répétition aide, le contexte aussi. En revanche, ceux que je croise ponctuellement, c’est beaucoup plus compliqué. Je peux échanger avec eux par mail, connaître leurs prénoms sur l’écran, gérer des dossiers… et pourtant, en face à face, je n’arrive pas à les rattacher.

C’est d’ailleurs pour ça que j’ai fait le test. Parce qu’un collègue s’amuse de la situation. Il y a deux mois, il m’a lancé: « Bonjour Sarah, tu sais comment je m’appelle ? » Et je n’ai pas su répondre. Il m’a donné son prénom, et je me suis jurée de le retenir pour la prochaine fois.

Aujourd’hui, je le recroise. Je ne l’avais pas reconnu, jusqu’à ce qu’il me repose la même question. J’ai répondu « Vincent », sans trop de certitude… et non. C’était « Jonathan ». Et là, tu as ce mélange de honte et d’impuissance: tu veux bien faire, tu fais des efforts, tu te répètes que tu vas y arriver… mais ça t’échappe quand même.

Ce qui me gêne le plus, c’est ce décalage professionnel: je correspond avec beaucoup de personnes par e-mails, mais j’ai rarement l’occasion de les rencontrer souvent en vrai. Et chaque rencontre devient une petite épreuve, parce qu’il faut reconnaître, saluer, rattacher… sans faire d’impair.

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