Tout le monde se ressemble, je reconnais les voix mais pas les visages

J’ai beaucoup de mal à reconnaître les personnes. Dans la vraie vie comme dans les films, c’est souvent le même problème: tout le monde finit par se ressembler. Ce n’est pas une exagération pour faire joli. C’est une sensation très concrète, comme si mon cerveau refusait d’encoder les visages avec suffisamment de précision pour les distinguer.

Pour suivre un film, je dois tricher. Je m’aide de signes distinctifs: une coupe de cheveux, une cicatrice, une paire de lunettes, un manteau, un détail de style, une façon de marcher. Sans ça, je perds vite le fil. Et quand plusieurs personnages ont le même âge, la même couleur de cheveux ou un style proche… c’est la catastrophe. Je passe plus de temps à essayer de comprendre qui parle qu’à suivre l’histoire.

Paradoxalement, il y a un truc qui marche très bien chez moi: les voix. Une voix, je peux la reconnaître. Je peux parfois identifier quelqu’un uniquement en l’entendant, même si je ne suis pas capable de le reconnaître visuellement. La voix devient une sorte d’ancre. Quand je l’ai, je suis rassuré. Quand je ne l’ai pas, je flotte.

Et il y a un autre aspect qui me frappe: je suis incapable de décrire une personne, même si j’ai passé des heures avec elle. On peut me demander: “Elle était comment?” et je me retrouve à chercher… mais ça ne vient pas. Je peux me souvenir de ce qu’on s’est dit, de l’ambiance, de ce que j’ai ressenti, parfois même de détails très précis… mais pas d’un portrait. Pas de traits. Pas d’image claire. Comme si la partie “visage” de mon souvenir avait été enregistrée en basse résolution, ou pas enregistrée du tout.

Ça peut donner l’impression que je ne fais pas attention, que je suis détaché, ou que je ne m’intéresse pas aux gens. En réalité, c’est souvent l’inverse: je suis en vigilance permanente. Je compense. Je recolle les morceaux autrement. Je construis la reconnaissance avec des indices secondaires, parce que le visage, chez moi, n’est pas un repère fiable.

Et c’est fatiguant. Parce que là où d’autres reconnaissent sans effort, moi je dois enquêter. Tout le temps.

Les autres mémorisent vraiment les visages ?

C’est une petite phrase de ma grand-mère qui m’a mis la puce à l’oreille. Un jour, elle m’a dit : « Si je me fais agresser dans la rue, je serai bien embêtée : je serais incapable de faire un...

Quand le visage de mon mari change, je ne me sens plus en sécurité

Chez moi, la difficulté à reconnaître les visages touche quelque chose de très intime. Elle touche mes relations affectives. Je l’ai compris très jeune. Adolescente, j’avais un petit copain qui...

Je croyais que ma prosopagnosie avait commencé à l’adolescence

Pendant longtemps, j’ai pensé que mes difficultés à reconnaître les visages avaient commencé vers 14 ou 15 ans. C’est à cet âge que les problèmes sont devenus évidents. Je pouvais faire la bise à la...

Je savais que je la connaissais. Mais il fallait maintenant écrire son prénom

Récemment, j’étais en dédicace dans une librairie. Les personnes venaient me voir, nous échangions quelques mots, puis je signais leur livre. Tout se passait bien. Jusqu’à ce qu’une femme arrive...

J’ai peur de ne pas reconnaître ma propre mère

Il y a des personnes que je ne vois pas souvent. Et avec le temps qui passe entre deux rencontres, une peur peut apparaître : Et si je ne la reconnaissais pas ? Cette peur existe même avec ma propre...

Elle était heureuse de me revoir. Je n’ai jamais su qui elle était

J’étais étudiante. Ce soir-là, dans un couloir de l’université, je regardais la feuille sur laquelle étaient affichés les résultats d’un examen. Je cherchais mon nom. Je l’ai trouvé. J’étais reçue....

Il y a des personnes que je vois depuis vingt ans et que je ne reconnais toujours pas

De mon côté, ma difficulté à reconnaître les visages me semble presque sélective. Ce n’est pas que tous les visages me soient étrangers. Certains, je les reconnais parfaitement. D’autres, jamais. Et...

J’attends que les autres me reconnaissent avant de leur dire bonjour

À l’université, nous étions une cinquantaine dans ma classe. Un groupe stable. Les mêmes étudiantes, semaine après semaine, mois après mois. Au bout d’un an et demi, je devrais normalement avoir su...

J’ai suivi certains clients pendant dix ans sans réussir à les reconnaître

Pendant longtemps, j’ai travaillé comme commerciale. Mon métier consistait donc à rencontrer des clients, créer une relation avec eux, les suivre pendant des années et, détail apparemment utile dans...

Dans le RER, je n’ose plus aller vers les gens

Au travail, je reconnais mes collègues. Enfin… Je les reconnais surtout là où ils sont censés être. Dans mon service, avec leurs vêtements habituels, dans le décor où j’ai l’habitude de les croiser,...