Trombinoscope, zéro pointé

Enfant, j’avais cette angoisse en classe de ne pas savoir qui est qui. Alors je photocopiais le trombinoscope des profs, je sortais le stabilo, je pliais les coins, je révisais comme pour un oral. Je passais des heures à mémoriser ces mini-portraits : cheveux châtains, frange, lunettes rondes… Je me couchais tard avec l’espoir qu’au matin, les visages auraient collé.

Le lendemain, la cloche sonne et… rien. Je ne reconnais personne. Les portraits appris la veille se sont évaporés. Il ne me reste que des miettes : une coiffure, des lunettes. À la pause, je regarde mon trombinoscope… et je renonce.

Je ne savais pas ce qu’était la prosopagnosie. Je pensais juste avoir une mauvaise mémoire (alors que j’avais de très bonnes notes à l’école). Je l’ai appris bien plus tard : la prosopagnosie est un trouble. La partie du cerveau censée enregistrer / retrouver l’identité des visages (le “circuit des faces”) ne fait pas son job. S’entraîner à reconnaître des visages à plat ne change pas grand-chose — je l’ai appris à la dure.

En revanche, on muscle d’autres aptitudes : je m’appuie sur la voix, la posture, un accessoire récurrent, le contexte. Ce ne sont pas des béquilles : ce sont mes balises pour rester en lien quand les visages, eux, glissent.

Je ne pouvais même pas imaginer le visage de mon copain

Pendant longtemps, je me suis dit que j’étais simplement mauvaise pour reconnaître les gens. J’ai presque toujours vécu ces petits moments de gêne où une personne me salue avec enthousiasme alors...

Deux heures plus tôt, ce médecin s’occupait de moi. Je ne l’ai pourtant pas reconnu.

Le premier souvenir dont je suis certaine remonte à un moment très particulier de ma vie. Je venais de faire un malaise, peu de temps après avoir vécu un grave accident et un choc psychologique...

J’ai trouvé un inconnu très séduisant. C’était mon amoureux.

J’ai toujours eu un faible pour les roux. Avec le recul, je me demande même si ce n’est pas l’une des raisons pour lesquelles je suis tombée amoureuse de celui qui allait devenir mon mari. Un roux,...

Je peux dire trois fois bonjour au même client sans le reconnaître

Je suis caissière. Dans mon travail, je vois passer beaucoup de visages chaque jour. Des clients réguliers, des clients de passage, des collègues, des personnes que je croise plusieurs fois dans la...

Je ne reconnais pas un visage, je reconnais une collection de détails

J’ai le sentiment que les visages familiers ne s’enregistrent pas chez moi comme un tout. Ce n’est pas une image complète, claire, que je pourrais retrouver facilement dans ma mémoire. C’est plutôt...

J’ai découvert à 78 ans que mes difficultés avaient un nom

La plus grande partie de ma vie, je n’ai pas su que j’avais un handicap pour reconnaître les visages. Je savais que je reconnaissais difficilement certaines personnes. Je savais que les visages...

Je fais parler les gens pour comprendre qui ils sont

Je reconnais les membres de ma famille proche : mes parents, mon frère et ma sœur. Peu importe le lieu ou le contexte, je sais qui ils sont. Enfin, il faut dire qu’ils vivent à trois heures de...

À Amsterdam, je reconnaissais sa voix, mais pas son visage

e suis partie à Amsterdam avec un groupe de mon lycée. Je ne connaissais presque personne, ce qui n’était pas franchement rassurant, mais une fille est venue me parler. Elle non plus ne connaissait...

Pendant une heure, j’ai travaillé avec mon ancien collègue sans le reconnaître

Ma sœur jumelle rencontre exactement les mêmes difficultés que moi. Pendant longtemps, elle a été la seule personne avec laquelle je pouvais vraiment parler de ce que nous vivions. La seule à...

“Tu sais comment je m’appelle?”: le piège au bureau

Mes questions ont vraiment commencé le jour où j’ai travaillé à un guichet, à la vente. Il m’arrivait que des clients reviennent dans la même journée… et que je ne me souvienne pas d’eux. Sur le...