Je ne reconnais pas les visages.
Bien sûr que je crois avoir de nouveaux voisins chaque jour.
Pas parce qu’ils changent.
Mais parce que pour moi, chaque visage est une énigme neuve.
Même s’il appartient à quelqu’un que j’ai croisé dix fois, ou avec qui j’ai déjà discuté longuement.
Je reconnais les gens par leur chien, leur manteau, leur voix, leur manière de tenir les clés ou de monter les escaliers.
Mais si l’un de ces repères change — une nouvelle coupe de cheveux, un sac différent, un jour de pluie où tout le monde est emmitouflé — je perds l’information.
Alors je leur souris, poliment.
Comme à des inconnus.
Et parfois, ce sont eux qui me sourient avec complicité… et là je comprends :
je les connais.
C’est moi qui ne les reconnais pas.