Trombinoscope, zéro pointé

Enfant, j’avais cette angoisse en classe de ne pas savoir qui est qui. Alors je photocopiais le trombinoscope des profs, je sortais le stabilo, je pliais les coins, je révisais comme pour un oral. Je passais des heures à mémoriser ces mini-portraits : cheveux châtains, frange, lunettes rondes… Je me couchais tard avec l’espoir qu’au matin, les visages auraient collé.

Le lendemain, la cloche sonne et… rien. Je ne reconnais personne. Les portraits appris la veille se sont évaporés. Il ne me reste que des miettes : une coiffure, des lunettes. À la pause, je regarde mon trombinoscope… et je renonce.

Je ne savais pas ce qu’était la prosopagnosie. Je pensais juste avoir une mauvaise mémoire (alors que j’avais de très bonnes notes à l’école). Je l’ai appris bien plus tard : la prosopagnosie est un trouble. La partie du cerveau censée enregistrer / retrouver l’identité des visages (le “circuit des faces”) ne fait pas son job. S’entraîner à reconnaître des visages à plat ne change pas grand-chose — je l’ai appris à la dure.

En revanche, on muscle d’autres aptitudes : je m’appuie sur la voix, la posture, un accessoire récurrent, le contexte. Ce ne sont pas des béquilles : ce sont mes balises pour rester en lien quand les visages, eux, glissent.

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Il y a des personnes que je vois depuis vingt ans et que je ne reconnais toujours pas

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J’attends que les autres me reconnaissent avant de leur dire bonjour

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