J’ai le sentiment que les visages familiers ne s’enregistrent pas chez moi comme un tout.
Ce n’est pas une image complète, claire, que je pourrais retrouver facilement dans ma mémoire. C’est plutôt une collection de détails que j’ai observés longtemps, mémorisés séparément, puis rangés quelque part.
Un trait du visage.
Une expression.
Une manière de sourire.
Une mimique.
Une forme de regard.
Un mouvement de la bouche.
Une façon de froncer les sourcils.
Je connais parfois très bien chacun de ces éléments, mais ils ne se rassemblent pas naturellement en un visage unique.
Pour reconnaître quelqu’un, j’ai besoin d’avoir eu le temps de stocker ces informations. Il me faut de la répétition, des moments, des observations. Si j’ai pu enregistrer assez de détails, alors la personne devient reconnaissable pour moi. Et quand cela arrive, je peux la reconnaître durablement, parfois pour toujours.
Mais lorsque je vois un visage brièvement, tout devient beaucoup plus difficile.
Si les personnes ont un style proche, des traits réguliers ou peu de signes distinctifs, les visages se mélangent. Ils semblent presque interchangeables. Je vois bien les personnes, mais je ne parviens pas à les différencier vraiment.
Faire défiler des profils sur Tinder, par exemple, est pour moi un enfer.
Les visages passent trop vite. Les poses se ressemblent. Les styles se répètent. Rien n’a le temps de s’accrocher. Impossible de construire une mémoire stable à partir de ces images.
Je ne reconnais donc pas les visages comme une évidence immédiate.
Je les apprends.
Petit à petit.
Détail par détail.
Et parfois, lorsqu’on ne me laisse pas ce temps-là, tous les visages deviennent presque les mêmes.