Même corpulence, même coupe : mon cerveau fusionne

Dans l’ascenseur du boulot, deux collègues discutent côte à côte. Même taille, même carrure, même coupe “propre du lundi”. Je les salue, je plaisante… et, au moment de repartir, j’appelle l’un par le prénom de l’autre. Sourire poli, micro-blanc, “pas grave”. Sauf que moi, dedans, c’est la goutte froide : j’ai l’impression de ne pas parvenir à mémoriser les visages.

Quand deux personnes ont une corpulence proche et des coiffures similaires, je ne fais qu’assez peu de différence. Je me demande toujours si c’est parce que je ne m’intéresse pas assez aux gens — ou si quelque chose m’échappe, indépendamment de ma volonté.

La vérité, c’est que je retiens très bien les histoires, les voix, la façon de marcher, les rires. Mais le visage, lui, glisse. Alors, pour rester en lien, je triche gentiment : je laisse parler quelques secondes (la voix me sauve), je pose une question contexte (“On s’est vu à la réunion sécurité, non ?”), je me fabrique des repères (lunettes rondes, sac jaune, montre acier).

Mon cerveau n’encode pas le visage comme une signature fiable ; il s’appuie sur des indices périphériques (voix, posture, accessoires, lieu). Quand ces indices se ressemblent entre deux personnes, je fusionne. Ce n’est ni du désintérêt ni de la froideur : c’est une autre façon (un peu cabossée) de reconnaître les gens.

Les autres mémorisent vraiment les visages ?

C’est une petite phrase de ma grand-mère qui m’a mis la puce à l’oreille. Un jour, elle m’a dit : « Si je me fais agresser dans la rue, je serai bien embêtée : je serais incapable de faire un...

Quand le visage de mon mari change, je ne me sens plus en sécurité

Chez moi, la difficulté à reconnaître les visages touche quelque chose de très intime. Elle touche mes relations affectives. Je l’ai compris très jeune. Adolescente, j’avais un petit copain qui...

Je croyais que ma prosopagnosie avait commencé à l’adolescence

Pendant longtemps, j’ai pensé que mes difficultés à reconnaître les visages avaient commencé vers 14 ou 15 ans. C’est à cet âge que les problèmes sont devenus évidents. Je pouvais faire la bise à la...

Je savais que je la connaissais. Mais il fallait maintenant écrire son prénom

Récemment, j’étais en dédicace dans une librairie. Les personnes venaient me voir, nous échangions quelques mots, puis je signais leur livre. Tout se passait bien. Jusqu’à ce qu’une femme arrive...

J’ai peur de ne pas reconnaître ma propre mère

Il y a des personnes que je ne vois pas souvent. Et avec le temps qui passe entre deux rencontres, une peur peut apparaître : Et si je ne la reconnaissais pas ? Cette peur existe même avec ma propre...

Elle était heureuse de me revoir. Je n’ai jamais su qui elle était

J’étais étudiante. Ce soir-là, dans un couloir de l’université, je regardais la feuille sur laquelle étaient affichés les résultats d’un examen. Je cherchais mon nom. Je l’ai trouvé. J’étais reçue....

Il y a des personnes que je vois depuis vingt ans et que je ne reconnais toujours pas

De mon côté, ma difficulté à reconnaître les visages me semble presque sélective. Ce n’est pas que tous les visages me soient étrangers. Certains, je les reconnais parfaitement. D’autres, jamais. Et...

J’attends que les autres me reconnaissent avant de leur dire bonjour

À l’université, nous étions une cinquantaine dans ma classe. Un groupe stable. Les mêmes étudiantes, semaine après semaine, mois après mois. Au bout d’un an et demi, je devrais normalement avoir su...

J’ai suivi certains clients pendant dix ans sans réussir à les reconnaître

Pendant longtemps, j’ai travaillé comme commerciale. Mon métier consistait donc à rencontrer des clients, créer une relation avec eux, les suivre pendant des années et, détail apparemment utile dans...

Dans le RER, je n’ose plus aller vers les gens

Au travail, je reconnais mes collègues. Enfin… Je les reconnais surtout là où ils sont censés être. Dans mon service, avec leurs vêtements habituels, dans le décor où j’ai l’habitude de les croiser,...