Je rentrais d’une soirée, casque sur les oreilles, un peu dans ma bulle. Deux hommes discutent sur les sièges en face. Je me dis : tiens, celui de gauche ressemble à mon meilleur pote en plus jeune… et celui de droite a exactement les mêmes lunettes qu’un autre ami.
Je les regarde, sans les voir vraiment.
Et puis, ils me font coucou. Grand sourire. Geste clair.
Et là, soudain, tout se redessine : c’étaient eux.
Comme si, d’un coup, les traits de leur visage prenaient forme.
Je suis prosopagnosique, je le sais. Et pourtant, à chaque fois, cette bascule me fascine. Mon cerveau attend un indice — un mouvement, une voix, un signe — pour raccrocher les fils.
Parce que oui, je ne reconnais pas les visages.
Bien sûr que je peux passer à côté des gens que j’aime… même en les regardant en face.
Et ce n’est pas seulement gênant. C’est épuisant.
Quand on ne peut pas se fier aux visages, il faut constamment vérifier : est-ce bien lui ? est-ce bien elle ?
On guette un détail, une intonation, un bijou familier. Et ce travail mental, on ne peut pas le faire partout, tout le temps.
Alors on baisse la garde dans les lieux où on ne s’attend à reconnaître personne. Et on se prépare à reconnaître… uniquement là où on s’y attend.