En attendant le mot officiel

Devant le café, quelqu’un me fait de grands signes. Je ralentis, sourire poli, cerveau en roue libre. Puis j’entends la voix : « Alors, tu viens ? » C’est ma meilleure amie. J’explose de rire — elle sort de chez le coiffeur, frange nouvelle, visage “réinitialisé”.

On s’assoit, on commande. Elle me taquine : « Franchement, c’est flagrant. » Je hoche la tête. Flagrant, oui. Mais tant que je n’ai pas de diagnostic, j’ai l’impression d’être entre deux chaises : d’un côté, la prosopagnosie qui colle à tout ce que je vis ; de l’autre, le doute qui chuchote “et si c’était juste de l’anxiété sociale ? de la distraction ?”

La vérité, c’est ce moment précis où je regarde quelqu’un et que rien ne s’allume. Alors je lance mes filets : je laisse parler (la voix me sert de boussole), je cherche un indice (démarche, bague, façon de rire). Quand ça marche, tout se recolle d’un coup ; quand ça rate, je bricole un « On s’est vus où déjà ? » pour ne pas froisser. Et parfois, comme aujourd’hui, on en rit ensemble, parce que l’absurde désamorce la gêne.

En rentrant, je me promets deux choses. D’abord, poser un mot officiel si j’en ai besoin — pour faire taire le doute administratif dans ma tête. Ensuite, continuer à nommer simplement ce que je vis :

« Je suis nulle avec les visages, n’hésite pas à me redire ton prénom. »

Le diagnostic viendra peut-être. En attendant, je me fais confiance : je ne reconnais pas toujours les visages… mais je reconnais très bien les liens. Et ça, aucune frange ne peut le masquer.

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