Test de détection de la prosopagnosie : analyse de 7552 réponses

par | 2 septembre 2026 | Actus, Test de prosopagnosie

Mise à jour du 2 septembre 2026, à la suite de la diffusion de l’émission Ça commence aujourd’hui consacrée à la prosopagnosie

La diffusion de l’émission Ça commence aujourd’hui sur France 2 a entraîné une augmentation très importante du nombre de visiteurs sur le site de l’Association Prosopagnosie de Langue Française (APLF) et du nombre de personnes réalisant notre test de détection.

Cette mobilisation nous permet aujourd’hui de disposer d’un échantillon de 7552 questionnaires complets.

Au-delà du nombre de participants, ces nouvelles données permettent surtout de commencer à étudier une question essentielle : le score obtenu au questionnaire distingue-t-il effectivement les personnes qui se considèrent prosopagnosiques de celles qui pensent ne pas l’être ?

Les résultats montrent une séparation particulièrement nette entre ces populations.

7 552 personnes réparties en trois groupes

À la fin du questionnaire, les participants répondent à une question indépendante du calcul de leur score :

« Pensez-vous être prosopagnosique ? »

Trois réponses sont proposées.

Sur les 7 552 participants :

  • 1 079 personnes déclarent être certaines d’être prosopagnosiques ;
  • 1 082 personnes déclarent être certaines de ne pas être prosopagnosiques ;
  • 5 391 personnes répondent qu’elles se posent la question ou ne savent pas.

Ce dernier groupe représente 71,4 % de l’échantillon.

Cette proportion importante s’explique notamment par la fonction même du questionnaire : il est largement utilisé par des personnes qui rencontrent des difficultés de reconnaissance mais ne savent pas encore si celles-ci peuvent correspondre à une prosopagnosie.

Il est important de préciser que ces trois catégories reposent sur l’auto-identification des participants. Elles ne correspondent pas à trois groupes ayant fait l’objet d’un diagnostic clinique indépendant.

Trois populations aux scores très différents

La comparaison des scores fait apparaître un gradient particulièrement net.

Personnes certaines de ne pas être prosopagnosiques

1 082 participants

Leur score moyen est de 21,9, avec une médiane de 21.

La moitié de cette population obtient un score compris entre 15 et 28.

La grande majorité reste sous le premier seuil utilisé par le questionnaire :

  • 89,1 % obtiennent un score inférieur à 35 ;
  • 8,8 % obtiennent un score compris entre 35 et 44 ;
  • seulement 2,1 % obtiennent un score égal ou supérieur à 45.

La distribution des scores de ce groupe est donc très nettement concentrée dans la partie basse de l’échelle.

Personnes qui se posent la question

5 391 participants

Leur score moyen est de 40,1, avec une médiane de 39.

La moitié des participants de ce groupe obtient un score compris entre 32 et 47.

La répartition autour des deux seuils est particulièrement intéressante :

  • 31,5 % obtiennent moins de 35 ;
  • 35,9 % obtiennent entre 35 et 44 ;
  • 32,6 % obtiennent 45 ou davantage.

Près de 68,5 % des personnes qui se questionnent obtiennent donc un score égal ou supérieur à 35.

Cette population occupe une position intermédiaire très nette entre les personnes certaines de ne pas être prosopagnosiques et celles certaines de l’être.

Elle montre également pourquoi il est probablement plus pertinent de considérer la reconnaissance des visages comme un continuum de difficultés plutôt que comme une simple opposition entre personnes prosopagnosiques et non prosopagnosiques.

Personnes certaines d’être prosopagnosiques

1 079 participants

Leur score moyen atteint 47,0, avec une médiane de 46.

La moitié de cette population obtient un score compris entre 39 et 54,5.

La répartition est presque exactement l’inverse de celle observée chez les personnes certaines de ne pas être prosopagnosiques :

  • 10,8 % obtiennent moins de 35 ;
  • 33,5 % obtiennent entre 35 et 44 ;
  • 55,7 % obtiennent un score égal ou supérieur à 45.

Ainsi, 89,2 % des personnes certaines d’être prosopagnosiques obtiennent un score d’au moins 35.

Un déplacement spectaculaire des distributions

Les médianes des trois populations résument particulièrement bien le phénomène :

21 → 39 → 46

pour respectivement :

certain de ne pas être prosopagnosique → ne sait pas → certain d’être prosopagnosique.

Les différences ne concernent donc pas quelques participants situés aux extrêmes : c’est l’ensemble de la distribution des scores qui se déplace.

Un test statistique non paramétrique de Kruskal-Wallis confirme que les distributions des trois groupes diffèrent très fortement :

H ≈ 2 091,8 ; p < 0,001.

Compte tenu de la taille très importante de l’échantillon, la seule significativité statistique doit toutefois être interprétée avec prudence : avec plusieurs milliers de participants, même des différences relativement faibles peuvent devenir statistiquement significatives.

La taille de l’effet observée entre les deux groupes qui se déclarent certains est beaucoup plus informative.

Entre les personnes certaines d’être prosopagnosiques et celles certaines de ne pas l’être, la différence standardisée atteint environ :

Cohen d = 2,46.

Il s’agit d’un effet extrêmement important.

Une courbe ROC pour évaluer la capacité de discrimination du questionnaire

Test de détection de la prosopagnosie : analyse de 7552 réponses 2

Nous avons ensuite réalisé une analyse ROC (Receiver Operating Characteristic).

Pour cette analyse, les 5 391 personnes qui déclarent ne pas savoir ont été volontairement exclues.

Nous avons uniquement comparé :

  • les 1 079 personnes certaines d’être prosopagnosiques ;
  • les 1 082 personnes certaines de ne pas être prosopagnosiques.

L’analyse porte donc sur 2 161 participants.

La surface sous la courbe ROC, ou AUC, atteint :

AUC = 0,957

Une valeur de 0,5 correspondrait à un questionnaire incapable de différencier les deux groupes, autrement dit à une classification équivalente au hasard.

Une valeur de 1 correspondrait à une séparation parfaite.

Une AUC de 0,957 indique donc une excellente capacité de discrimination entre les deux groupes auto-déclarés étudiés.

Une autre manière de comprendre ce résultat consiste à prendre au hasard une personne de chacun des deux groupes : dans environ 95,7 % des cas, la personne certaine d’être prosopagnosique aura un score supérieur à celle certaine de ne pas l’être.

Le seuil de 35 : sensibilité 89,2 %, spécificité 89,1 %

L’un des résultats les plus intéressants concerne le seuil de 35 points, déjà utilisé dans notre interprétation du questionnaire.

À ce seuil, nous observons :

  • sensibilité : 89,2 % ;
  • spécificité : 89,1 % ;
  • taux de faux positifs : 10,9 % ;
  • taux de faux négatifs : 10,8 %.

Sur les 1 079 personnes certaines d’être prosopagnosiques, 963 obtiennent un score d’au moins 35.

Sur les 1 082 personnes certaines de ne pas être prosopagnosiques, 964 obtiennent un score inférieur à 35.

L’équilibre entre les deux populations est donc remarquable.

L’optimisation mathématique par l’indice de Youden situe le meilleur compromis à 34 points, avec une sensibilité de 91,7 % et une spécificité de 87,8 %.

La différence avec 35 est cependant faible.

Le seuil de 35 points présente surtout l’intérêt d’obtenir un équilibre presque parfait entre sensibilité et spécificité.

Ces résultats apportent donc un argument statistique intéressant en faveur de son utilisation comme seuil de repérage, dans cet échantillon.

Le seuil de 45 répond à une autre logique

À 45 points, les caractéristiques changent considérablement :

  • sensibilité : 55,7 % ;
  • spécificité : 97,9 %.

Seulement 23 personnes sur 1 082 certaines de ne pas être prosopagnosiques atteignent ce niveau de score.

Autrement dit, un score supérieur ou égal à 45 est relativement rare dans le groupe qui se considère comme non prosopagnosique.

En revanche, utiliser uniquement 45 comme seuil ferait passer sous le radar près de 44 % des personnes du groupe certain d’être prosopagnosique.

Les deux seuils semblent donc remplir des fonctions différentes.

À ce stade des recherches, nous proposons de les interpréter ainsi :

Score inférieur à 35 : peu compatible avec le profil de difficultés mesuré par le questionnaire.

Score de 35 à 44 : présence de difficultés et de stratégies de compensation compatibles avec une prosopagnosie.

Score égal ou supérieur à 45 : profil fortement compatible avec une prosopagnosie.

Ces catégories constituent des niveaux de repérage et non des catégories diagnostiques.

Ce que ces résultats montrent… et ce qu’ils ne montrent pas

Ces résultats sont encourageants.

Ils montrent une très forte association entre le score obtenu au questionnaire et la manière dont les participants évaluent eux-mêmes leurs capacités de reconnaissance des visages.

Cette convergence est d’autant plus intéressante que la question « Pensez-vous être prosopagnosique ? » n’entre pas dans le calcul du score.

Le questionnaire mesure principalement des situations vécues, des difficultés de reconnaissance et différentes stratégies utilisées pour identifier les personnes.

Le fait que ces réponses produisent des distributions aussi différentes selon l’auto-identification des participants constitue donc un premier élément en faveur de la validité convergente du questionnaire.

Mais il serait scientifiquement incorrect d’en conclure que notre questionnaire permet, à lui seul, de poser un diagnostic de prosopagnosie.

Les limites de cette étude

Plusieurs limites importantes doivent être prises en compte.

Un échantillon auto-sélectionné

Les participants n’ont pas été recrutés aléatoirement dans la population générale.

Ils arrivent sur le site de l’APLF parce qu’ils s’intéressent déjà, pour des raisons diverses, aux difficultés de reconnaissance des visages.

La diffusion d’une émission consacrée spécifiquement à la prosopagnosie renforce probablement encore cet effet de sélection.

Les proportions observées dans notre base ne permettent donc absolument pas d’estimer la prévalence de la prosopagnosie dans la population française.

L’auto-identification n’est pas un diagnostic

Notre analyse ROC utilise comme référence la réponse des participants à la question leur demandant s’ils pensent être prosopagnosiques.

Nous mesurons donc la capacité du questionnaire à distinguer deux groupes auto-déclarés, et non sa capacité à identifier une prosopagnosie établie par une évaluation neuropsychologique indépendante.

En conséquence, les valeurs de sensibilité et de spécificité présentées ici doivent être comprises comme des performances par rapport à cette auto-identification.

Elles ne constituent pas encore des performances diagnostiques cliniques.

Un questionnaire de repérage

Le test de l’APLF doit rester considéré comme un outil de repérage et de sensibilisation.

Un score élevé peut permettre à une personne de constater que les situations qu’elle rencontre sont partagées par de nombreuses autres personnes présentant des difficultés similaires.

Il peut aider à mettre des mots sur une expérience.

Il ne remplace pas une évaluation clinique lorsque celle-ci est nécessaire.

Une population intermédiaire particulièrement intéressante

Paradoxalement, les 5 391 personnes qui répondent « je ne sais pas » sont probablement celles qui nous intéressent le plus pour la suite de nos recherches.

Elles représentent une population considérable située entre les deux groupes de référence.

Certaines obtiennent des scores comparables aux personnes qui ne se considèrent pas prosopagnosiques.

D’autres présentent des scores extrêmement élevés.

Et beaucoup se trouvent précisément dans la zone intermédiaire.

Cette population pourrait permettre d’étudier plus finement la manière dont une personne prend conscience de ses difficultés.

Car la prosopagnosie développementale présente une particularité : une personne qui a toujours reconnu les autres de cette manière ne dispose pas nécessairement d’un point de comparaison lui permettant de comprendre que son fonctionnement est différent.

Elle peut pendant des années attribuer ses difficultés à de la distraction, à un manque de mémoire, à de l’impolitesse, au fait d’être « peu physionomiste » ou simplement considérer comme normales les stratégies qu’elle a développées.

Reconnaître autrement

Les résultats de ces 7 552 questionnaires renforcent finalement une idée importante pour l’APLF.

La prosopagnosie ne signifie pas nécessairement ne pas reconnaître les personnes.

Elle signifie souvent ne pas pouvoir compter sur le visage avec la même efficacité que la majorité de la population.

La voix, la démarche, la silhouette, la coiffure, les vêtements, les lunettes, les bijoux, le contexte, le lieu de rencontre ou encore les souvenirs associés à une personne deviennent alors des indices essentiels.

Le questionnaire cherche précisément à rendre visibles ces stratégies.

Les données recueillies depuis sa mise en ligne commencent maintenant à montrer que leur fréquence n’est pas distribuée au hasard : elle varie très fortement selon la manière dont les personnes évaluent leurs propres difficultés de reconnaissance.

Avec 7 552 participants, nous disposons désormais d’une base suffisamment importante pour poursuivre l’étude psychométrique du questionnaire : analyse détaillée de chaque item, cohérence interne, pouvoir discriminant des questions, structure factorielle et, à terme, comparaison avec des évaluations neuropsychologiques standardisées.

Ces prochaines étapes seront indispensables pour déterminer précisément ce que mesure notre questionnaire et jusqu’où il peut être utilisé.

Mais cette première analyse fournit déjà un résultat robuste :

les personnes qui pensent ne pas être prosopagnosiques, celles qui se questionnent et celles qui pensent l’être présentent trois distributions de scores profondément différentes.

Et entre les deux groupes qui se déclarent certains, le questionnaire atteint une AUC de 0,957.

C’est un résultat particulièrement encourageant pour poursuivre le travail scientifique autour de cet outil.


Données : Association Prosopagnosie de Langue Française (APLF)
Échantillon analysé : 7 552 questionnaires complets
Date d’extraction : 2 septembre 2026

Le questionnaire proposé par l’APLF est un outil de repérage et de sensibilisation. Il ne constitue pas, un diagnostic médical ou neuropsychologique de prosopagnosie.

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