La prosopagnosie reste encore largement méconnue. Et lorsqu’on essaie de l’expliquer à quelqu’un qui n’en fait pas l’expérience, on se retrouve vite avec des mots compliqués, des histoires de reconnaissance faciale, de stratégies compensatoires et de contexte. Bref, tout ce qu’il faut pour perdre quelqu’un avant même d’avoir réussi à lui expliquer pourquoi on ne l’a pas reconnu dans la rue.
C’est précisément là que le travail de Petite Loutre est particulièrement intéressant.
Sur son site, Le blog de Petite Loutre, elle publie depuis plusieurs années des contenus consacrés notamment à l’autisme, au handicap, à l’accessibilité et au validisme. Son approche consiste à rendre accessibles des sujets parfois complexes grâce à des textes, des ressources pratiques et des illustrations.
En août 2023, elle publie un article consacré à la prosopagnosie, accompagné depuis de trois fiches illustrées de sensibilisation : une présentation générale du trouble, une fiche destinée aux proches et une autre consacrée au monde du travail.
Trois illustrations pour comprendre et surtout agir
Ce que nous aimons particulièrement dans ces fiches, c’est qu’elles ne cherchent pas seulement à définir la prosopagnosie.
Elles expliquent ce que l’on peut faire concrètement.
La première fiche présente simplement la prosopagnosie et rappelle notamment ses conséquences sociales : ne pas reconnaître quelqu’un peut être interprété comme de l’impolitesse, alors que cela n’a rien à voir avec l’intérêt que l’on porte à cette personne. Elle rappelle également que les personnes prosopagnosiques peuvent utiliser d’autres indices pour identifier quelqu’un.
Et graphiquement, c’est très réussi : les visages sont volontairement fragmentés, superposés, presque impossibles à stabiliser. L’illustration ne prétend pas représenter littéralement ce que « voit » une personne prosopagnosique. Elle donne plutôt une forme visuelle à cette difficulté à faire du visage un repère d’identité évident et immédiatement exploitable.
C’est une nuance importante, et elle évite le sempiternel montage où tous les visages seraient simplement floutés. La prosopagnosie n’est pas une vision du monde avec un filtre Photoshop mal réglé.
« Aider un·e proche » : de toutes petites choses qui changent beaucoup
La deuxième fiche est probablement l’une des plus immédiatement utiles.
Petite Loutre propose plusieurs gestes très simples : prévenir lorsqu’on change radicalement de coiffure ou d’apparence, donner la couleur de ses vêtements avant un rendez-vous, indiquer précisément où l’on se trouve, aller à la rencontre de la personne plutôt que d’attendre qu’elle nous reconnaisse, ou encore l’aider à identifier quelqu’un rencontré dans un contexte inhabituel.
Ce sont de minuscules aménagements.
Pourtant, ils répondent à une difficulté essentielle de la prosopagnosie : nous reconnaissons souvent les personnes grâce à un ensemble d’indices qui dépassent largement leur visage.
Le contexte, la voix, les vêtements, une coiffure, une démarche ou l’endroit où nous avons l’habitude de rencontrer quelqu’un peuvent devenir des indices précieux. Petite Loutre insiste justement sur les situations inhabituelles, qui peuvent faire disparaître une partie de ces repères.
La fiche contient aussi une phrase essentielle :
« Cela n’est pas en rapport avec l’intérêt ou les sentiments que la personne vous porte. »
Parce que derrière une erreur de reconnaissance se cache parfois une blessure très humaine : « Tu ne m’as même pas reconnu ? »
Non. Mais cela ne signifie pas : « Tu ne comptes pas pour moi. »
Et cette distinction mérite à elle seule d’être affichée sur quelques murs.
Et au travail ?
La troisième fiche transpose cette logique au monde professionnel.
Elle conseille par exemple de s’identifier spontanément en donnant du contexte :
« C’est Julie, on a travaillé sur le dossier X ensemble. »
C’est infiniment plus utile que d’arriver devant quelqu’un en lançant le redoutable : « Alors, tu me reconnais ? » Cette petite loterie sociale dont personne n’avait réellement besoin.
Petite Loutre recommande également d’annoncer les personnes présentes à une réunion, de conserver autant que possible des places habituelles et de faire des tours de table.
La fiche consacrée au travail rappelle surtout quelque chose de fondamental : écouter la personne concernée. Les besoins ne sont pas identiques d’une personne prosopagnosique à l’autre et chacun développe ses propres stratégies de compensation.
Pourquoi nous aimons particulièrement ces fiches
À l’Association Prosopagnosie de Langue Française, nous trouvons ces illustrations particulièrement intéressantes parce qu’elles réussissent plusieurs choses à la fois.
Elles sont simples sans être infantilisantes, graphiques sans transformer la prosopagnosie en gadget visuel, et surtout immédiatement utilisables. On peut montrer une fiche à un proche, à un collègue ou à une équipe et disposer en quelques minutes d’une base pour commencer à discuter.
Le dessin apporte aussi quelque chose que les longues explications scientifiques ont parfois du mal à produire : une porte d’entrée.
On comprend d’abord une situation. Ensuite seulement, si on le souhaite, on peut aller découvrir les mécanismes cognitifs et neurologiques qui se cachent derrière.
Et c’est exactement ce dont la prosopagnosie a besoin pour devenir mieux connue : des publications scientifiques, évidemment, mais aussi des témoignages, des photographies, des podcasts, des émissions, des bandes dessinées, des illustrations et des outils pédagogiques capables de faire circuler l’information hors des laboratoires.
Des illustrations téléchargeables à prix libre
Petite Loutre met les trois fiches réunies dans un PDF de trois pages à disposition sur sa boutique Ko-fi. Le principe est celui du prix libre : chacun peut choisir le montant qu’il souhaite verser. La page indique actuellement que le fichier a déjà été obtenu plusieurs dizaines de fois.
Télécharger les trois fiches sur la prosopagnosie de Petite Loutre : https://ko-fi.com/s/ed91c1cf8f
Le travail reste bien entendu protégé par le droit d’auteur. Petite Loutre précise que l’usage personnel est autorisé, mais que les créations ne doivent pas être modifiées sans son autorisation et qu’il faut la contacter pour les autres utilisations.
Vous pouvez également découvrir son article complet : Prosopagnosie : définition et aménagements – Le blog de Petite Loutre
Faire connaître la prosopagnosie ne consiste pas seulement à apprendre au public un nouveau mot particulièrement pénible à prononcer. Il s’agit surtout de permettre à notre entourage de comprendre comment nous reconnaissons autrement et comment quelques gestes très simples peuvent éviter beaucoup de malentendus.
Les illustrations de Petite Loutre font précisément cela : elles transforment un trouble invisible en situations compréhensibles et en solutions concrètes.




















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