Faire son coming out de prosopagnosie : le droit de parler, le droit d’attendre

par | 21 juin 2026 | Actus, Association, Billets d’humeur, Quotidiens

Dire que l’on ne reconnaît pas les visages peut sembler être une information assez simple à partager. Pourtant, derrière cette phrase se cachent parfois des années de honte, de malentendus et de stratégies déployées en silence. Parler de sa prosopagnosie peut apporter un véritable soulagement. Mais ce dévoilement reste un choix intime, qui doit pouvoir se faire à son rythme et auprès des personnes que l’on estime capables de l’entendre.

« Je suis prosopagnosique. Je peux te connaître, t’apprécier, avoir partagé des moments importants avec toi et pourtant ne pas te reconnaître lorsque je te croise dans un endroit inattendu. »

Prononcer cette phrase pour la première fois peut demander beaucoup de courage.

Car faire son coming out prosopagnosie, ce n’est pas seulement expliquer une difficulté cognitive. C’est révéler une partie de son fonctionnement que l’on a parfois passé des années à compenser, à dissimuler ou à considérer comme une faute personnelle.

C’est aussi accepter de montrer une vulnérabilité dans une société qui interprète encore trop souvent la non-reconnaissance comme un manque d’attention, d’intérêt ou de politesse.

Pourtant, lorsqu’elle est accueillie avec respect, cette parole peut profondément transformer les relations. Elle permet de ne plus porter seul la responsabilité de chaque rencontre.

Coming out : Cette histoire vous appartient

Parler de sa prosopagnosie n’est jamais une obligation.

Cette information vous appartient. C’est à vous de décider si vous souhaitez la partager, avec qui et à quel moment.

Il n’existe pas de bonne manière de faire son coming out. Il n’existe pas davantage de calendrier idéal.

Certaines personnes ressentent rapidement le besoin de mettre des mots sur leur expérience. D’autres ont besoin de plusieurs mois ou de plusieurs années. Certaines commencent par une personne très proche. D’autres préfèrent écrire un message, partager un article ou porter un signe discret.

Vous pouvez parler aujourd’hui, attendre demain ou décider de ne jamais rendre cette information publique.

Chaque rythme est légitime.

Vous n’avez pas à faire de votre prosopagnosie un sujet collectif pour qu’elle soit réelle. Vous n’avez pas non plus à la justifier chaque fois que quelqu’un peine à comprendre ce que vous vivez.

Choisir les personnes capables de recevoir cette confidence

Le plus difficile n’est pas toujours de trouver les mots.

Le plus difficile peut être de ne pas être cru.

Certaines personnes écoutent, posent des questions et cherchent comment aider. D’autres répondent immédiatement :

  • « Moi non plus je ne suis pas physionomiste »
  • « Pourtant, tu m’as reconnu la dernière fois. »
  • « Tu devrais peut-être faire davantage attention. »
  • « Ce n’est pas vraiment un handicap. »
  • « Ah, moi c’est les prénoms. »

Ces phrases peuvent sembler anodines à celles et ceux qui les prononcent. Pourtant, elles peuvent être particulièrement violentes. Elles réduisent un trouble durable à une simple distraction et effacent tout le travail de compensation accompli chaque jour.

Lorsqu’une personne vous confie une difficulté invisible, elle ne vous demande pas nécessairement de tout comprendre immédiatement. Elle vous demande d’abord de croire ce qu’elle raconte.

Croire ne signifie pas connaître tous les mécanismes neurologiques de la reconnaissance faciale. Cela peut simplement consister à répondre : « Je ne connaissais pas ce trouble, mais je t’écoute. »

« Je ne sais plus si c’est une bonne idée de faire mon coming out »

Alice (prénom modifié) avait parlé de sa prosopagnosie à une seule personne : son mari.

Un soir, elle lui raconte une situation vécue au travail. Elle avait déjà rencontré cette personne lors de plusieurs rendez-vous professionnels longs et difficiles. Le lendemain de l’un de ces échanges, elle croise quelqu’un pendant une activité sportive. La personne lui sourit, la tutoie et lui demande si elle va bien.

Alice lui répond poliment, sans comprendre qu’il s’agit précisément du parent rencontré la veille.

Lorsqu’elle raconte cet épisode à son mari, elle lui dit : « Tu vois, c’est quand même handicapant. »

Mais son mari rejette ce mot. Pour lui, cela ne peut pas être considéré comme un handicap. Il lui conseille, si elle souhaite vraiment en parler, de dire plutôt qu’elle a « des problèmes de mémoire ».

Alice « Dur de ne pas être comprise par un proche, le seul à qui j’ai parlé de mon trouble. Moi qui envisageais d’en parler à mes collègues et peut-être un jour à mes amis, je ne sais plus si c’est une bonne idée de faire mon coming out. »

Ce témoignage dit quelque chose d’essentiel. Lorsque la première confidence est minimisée, ce n’est pas seulement la conversation présente qui s’interrompt. Toutes les conversations futures deviennent plus difficiles.

La personne peut alors se demander : « Si même mon proche ne me croit pas, pourquoi les autres me croiraient-ils ? »

Lorsqu’une parole remise en question impose plusieurs années de silence

Sebastien a vécu une expérience comparable. Lorsqu’il a tenté de parler de ses difficultés à reconnaître les visages, son ressenti a été minimisé. On lui a expliqué que tout le monde pouvait oublier quelqu’un, qu’il ne regardait probablement pas assez les personnes ou qu’il devait simplement faire davantage d’efforts.

Après cela, il n’a plus parlé de sa prosopagnosie pendant cinq ans.

Le trouble, lui, n’avait évidemment pas pris cinq années de congé pour méditer sur son attitude.

Pendant tout ce temps, il a continué à chercher les voix, les démarches, les coiffures, les vêtements, les attitudes et les contextes. Il a continué à masquer ses hésitations et à porter seul les conséquences des erreurs de reconnaissance.

Quand une personne cesse de parler d’une difficulté, cela ne signifie pas que cette difficulté a disparu.

Cela signifie parfois seulement qu’elle ne se sent plus suffisamment en sécurité pour la raconter.

« On me croit lunatique, mais je ne reconnais pas les visages »

Claire (prénom modifié) raconte avoir longtemps vécu sa prosopagnosie sans disposer d’un mot pour la nommer.

« Au début, je vivais ça comme un déficit intellectuel, une incapacité honteuse. Pourquoi je n’arrive pas à retenir les visages ? Pourquoi les autres y arrivent si facilement ? Je me suis souvent sentie idiote, limitée, comme si j’étais cassée sur quelque chose de fondamental. »

Découvrir l’existence de la prosopagnosie ne l’a pas immédiatement soulagée.

Cette découverte l’a d’abord conduite à relire son histoire autrement : les remarques, les incompréhensions, les reproches et les relations abîmées.

« Des personnes se sont plaintes à mes amis en disant qu’elles me trouvaient lunatique, voire bipolaire. Elles m’avaient connue agréable et joviale, puis un autre jour je pouvais passer à côté d’elles sans dire bonjour. Pour elles, j’étais impolie ou je les ignorais volontairement. Alors que non. Je ne les reconnaissais pas. »

La prosopagnosie produit souvent ce type de malentendu.

Une personne peut être chaleureuse dans un contexte où elle sait qui se trouve devant elle, puis sembler indifférente lorsqu’elle croise la même personne ailleurs.

La relation, elle, n’a pas changé. L’affection n’a pas disparu. C’est le contexte qui ne fournit plus suffisamment d’indices pour permettre la reconnaissance.

Mais expliquer cela après coup peut être difficile.

Comme le dit Claire : « Expliquer après coup, c’est presque pire, parce que cela ressemble à une excuse. »

Apprendre très tôt à ne plus regarder autour de soi

Claire raconte également avoir organisé son existence autour de cette difficulté, bien avant de pouvoir la nommer.

« Très petite, j’ai compris que je ne reconnaissais pas les gens. Alors j’ai adapté ma vie, sans le dire et sans le choisir. »

Elle explique ne jamais avoir pris goût aux films et aux séries, parce que les personnages se mélangeaient dans son esprit.

Dans les lieux publics, son cerveau a progressivement appris à faire abstraction des personnes situées autour d’elle. Une forme d’économie d’énergie s’est installée.

« Je pourrais dire ce que j’ai mangé ou ce que quelqu’un m’a raconté, mais je serais incapable de dire combien de personnes étaient dans la salle. Mon cerveau garde seulement mon interlocuteur et efface le reste. »

Si quelqu’un lui fait un signe à distance, elle ne l’interprète pas spontanément comme une tentative d’entrer en contact avec elle.

« Même si je vois le signe, je suis persuadée qu’il est destiné à quelqu’un d’autre. Comme si mon cerveau refusait l’idée que je puisse être reconnue par quelqu’un que je n’ai pas reconnu. »

Ces adaptations deviennent si automatiques qu’elles finissent parfois par être confondues avec un trait de caractère.

La personne est décrite comme distraite, enfermée dans son monde ou indifférente à son environnement. En réalité, elle tente simplement de limiter une quantité considérable d’informations impossibles à identifier avec certitude.

Le travail invisible de la compensation

Au travail, Claire demande régulièrement aux personnes de rappeler leur nom.

« Pas par négligence. Par sécurité. Mon cerveau semble faire des “packs”. Il regroupe des gens qui se ressemblent selon lui. Si je croise un homme aux cheveux longs, je sais parfois que je le connais, mais j’ai trois ou quatre possibilités en tête. Je suis là avec cette phrase intérieure : “Je le connais, mais qui est-ce ?” C’est épuisant. »

Cette fatigue reste largement invisible.

Une personne prosopagnosique peut identifier les autres grâce à leur voix, leur coiffure, leur silhouette, leur démarche, leurs bijoux ou leur place habituelle dans une pièce.

Elle peut préparer mentalement une réunion, observer qui s’installe à quel endroit, éviter certains événements professionnels ou tenir une conversation prudente en attendant qu’un indice apparaisse.

De l’extérieur, tout semble parfois fonctionner parfaitement.

Mais une difficulté bien compensée reste une difficulté.

La compensation peut masquer la souffrance. Elle ne l’efface pas.

Claire le formule avec une grande justesse :

« Quand les stratégies commencent à s’effriter, tu comprends à quel point tu t’es battue toute ta vie pour paraître normale. Et tu comprends que ce n’était pas de la faiblesse. C’était de la survie. »

L’angoisse de le dire au travail

L’ampleur du silence apparaît clairement lorsque des journalistes cherchent des personnes prosopagnosiques disposées à témoigner pour l’émission Ça commence aujourd’hui sur France 2 avec Faustine Bollaert.

Petite information en avant-première : l’émission consacrera prochainement un épisode à la prosopagnosie. Plusieurs membres de l’Association y ont témoigné de leur quotidien,

Une grande partie des réponses ressemble à ceci : « J’aurais beaucoup aimé participer, mais personne ne le sait à mon travail. »

Cette phrase raconte la crainte d’être jugé moins compétent, moins fiable ou moins attentif. Elle raconte aussi l’énergie dépensée pour que personne ne remarque la difficulté.

Dans le monde professionnel, dire que l’on ne reconnaît pas toujours ses collègues peut sembler particulièrement risqué. La reconnaissance des visages est tellement considérée comme automatique que son absence est immédiatement interprétée comme un manque d’intérêt.

On ne pense pas : « Son cerveau traite peut-être les visages différemment. »

On pense : « Cette personne ne fait aucun effort. »

On mesure alors l’angoisse que peut provoquer ce coming out.

Rééquilibrer la charge mentale

L’un des principaux bienfaits du coming out est de permettre un rééquilibrage.

Pendant longtemps, la personne prosopagnosique peut penser qu’elle doit effectuer seule tout le travail :

  • reconnaître les voix ;
  • observer les vêtements ;
  • mémoriser les coiffures ;
  • reconstituer les contextes ;
  • chercher des indices sans se faire remarquer ;
  • éviter de montrer son hésitation ;
  • s’excuser lorsqu’elle se trompe ;
  • rassurer ceux qui pensent avoir été ignorés.

Cette charge mentale peut devenir considérable.

Lorsque l’entourage est informé, il a enfin la possibilité de participer à la reconnaissance.

Une personne peut se présenter en arrivant : « Bonjour, c’est Claire, nous nous sommes rencontrés chez Paul. »

Elle peut rappeler discrètement un prénom. Elle peut annoncer qui vient d’entrer dans une pièce. Elle peut éviter la question angoissante : « Tu sais qui je suis ? »

Quelques mots suffisent parfois à transformer une situation de panique en interaction ordinaire.

Le coming out ne sert donc pas uniquement à expliquer un trouble. Il peut permettre de rappeler une chose simple : ce n’est pas toujours à la personne prosopagnosique d’accomplir tous les efforts nécessaires à la rencontre.

Les autres peuvent aussi apprendre à se rendre reconnaissables.

« Mon mari était ma béquille sociale »

Pour Jeanne (prénom modifié), cette aide était longtemps venue de son mari.

« Pendant des années, mon mari a été ma béquille discrète. Il voyait avant moi. Il me prévenait doucement lorsque je ne reconnaissais pas quelqu’un, par exemple un voisin. Il me glissait un prénom ou un contexte, juste ce qu’il fallait pour m’éviter une gaffe et cette sensation de panique intérieure. »

Grâce à lui, de nombreuses situations semblaient se dérouler normalement.

Personne ne voyait l’effort accompli en coulisses.

Depuis la mort de son mari, Jeanne doit affronter seule les rencontres imprévues.

« Quand je croise quelqu’un dans la rue, je fixe la personne, pas par impolitesse, mais pour chercher un signe : un sourire, un regard qui dit “on se connaît”, une réaction qui me donne une direction. Ensuite, j’improvise. »

Elle tente parfois un bonjour prudent. Elle attend parfois que l’autre parle. Et parfois, elle se trompe.

« Quand je me trompe, ce n’est pas seulement gênant. C’est lourd, parce que je n’ai plus mon allié à côté pour rattraper, dédramatiser ou me tenir la main. »

Ce témoignage montre concrètement ce que peut apporter un entourage informé.

Le proche ne reconnaît pas à la place de la personne prosopagnosique. Il l’aide à franchir une situation sociale construite autour d’une capacité qu’elle ne possède pas de la même manière que les autres.

Quand cette aide disparaît, toute la charge redevient visible.

Jeanne ne demande pourtant pas à être plainte :

« J’ai besoin que ce trouble soit mieux connu. Pas pour qu’on me plaigne. Juste pour que ce soit compris. Si un jour je ne dis pas bonjour, je voudrais que cela ne soit pas interprété comme du mépris. »

Et elle ajoute :

« Au fond, ce dont on a le plus besoin, ce n’est pas d’être pardonné. C’est d’être compris. »

Plusieurs cercles, plusieurs niveaux de confiance

Il peut être utile d’imaginer le coming out comme une succession de cercles.

Vous pouvez choisir de franchir chacun d’eux, ou de vous arrêter à celui qui vous convient.

La famille proche

C’est souvent le premier cercle, mais ce n’est pas nécessairement le plus simple.

Les proches peuvent avoir besoin de comprendre que ne pas reconnaître un visage ne signifie pas oublier la personne, son histoire ou les sentiments que l’on éprouve pour elle.

Vous pouvez aimer profondément quelqu’un sans que votre cerveau identifie immédiatement son visage dans un lieu inhabituel.

Les amis

Informer quelques amis peut réduire la peur des rencontres imprévues.

Ils peuvent apprendre à dire leur prénom lorsqu’ils vous abordent, particulièrement dans un groupe ou lorsqu’ils ont changé d’apparence. Ils peuvent également vous aider en nommant naturellement les personnes présentes.

La famille éloignée et les connaissances

Ce cercle peut comprendre les cousins, les voisins, les parents d’élèves ou les personnes croisées occasionnellement.

Vous pouvez choisir de leur donner une explication complète ou seulement une consigne pratique :

« J’ai des difficultés à reconnaître les visages. N’hésite pas à me rappeler ton prénom lorsque nous nous croisons. »

Vous ne leur devez pas davantage.

Les collègues

Certaines personnes choisissent d’en parler seulement à quelques collègues de confiance. D’autres le disent à leur équipe ou à leur hiérarchie.

Certaines préfèrent ne rien dire, parce qu’elles redoutent les jugements ou les conséquences professionnelles.

Se protéger n’est pas mentir.

C’est évaluer ce que l’on peut partager sans se mettre en difficulté.

Tout le monde

Certaines personnes décident enfin de rendre leur prosopagnosie publique.

Elles en parlent ouvertement, publient un témoignage, interviennent dans les médias ou portent un signe visible.

Ce choix peut être libérateur. Mais il n’est ni supérieur ni plus courageux que le choix de rester discret.

La visibilité ne doit jamais devenir une nouvelle injonction.

Porter un pin’s avec l’espoir que quelqu’un pose une question

Certains membres de l’association portent un pin’s consacré à la prosopagnosie.

coming out prosopagnosie
Faire son coming out de prosopagnosie : le droit de parler, le droit d’attendre 2

Ils le portent parfois avec le secret espoir que quelqu’un remarque le symbole et leur pose une question.

Ce petit objet leur évite d’avoir à lancer eux-mêmes une grande conversation. Il crée une ouverture discrète : « Ce sujet fait partie de ma vie. Je peux peut-être vous en parler. »

Le pin’s devient ainsi une forme de coming out progressif.

Il ne force pas la conversation. Il la rend possible.

Parfois, le premier pas consiste simplement à rendre visible un mot que l’on a longtemps gardé pour soi.

Sortir du jugement moral

La prosopagnosie reste encore largement méconnue.

Lorsqu’une personne ne reconnaît pas quelqu’un, son comportement est donc souvent interprété moralement :

  • « Elle ne fait pas d’efforts. »
  • « Il est prétentieux. »
  • « Elle ne s’intéresse qu’aux personnes importantes. »
  • « Il est froid. »
  • « Elle est lunatique. »

Ces jugements transforment une difficulté cognitive en défaut de personnalité.

Un cercle vicieux s’installe alors : la société connaît mal la prosopagnosie parce que peu de personnes osent en parler, et les personnes concernées n’osent pas en parler parce que la société la connaît mal.

Une mécanique remarquablement efficace pour préserver l’ignorance collective.

Mais les choses commencent à changer.

Les témoignages se multiplient. Des personnes mettent enfin un mot sur ce qu’elles vivent. Des familles découvrent que certains malentendus anciens avaient une explication. Des collègues apprennent qu’une non-reconnaissance n’est pas un rejet.

Et surtout, les personnes concernées commencent à se rencontrer et à comprendre qu’elles ne sont ni seules, ni paresseuses, ni indifférentes.

Un trouble neurodéveloppemental, pas une faute personnelle

La prosopagnosie développementale est aujourd’hui de mieux en mieux comprise comme un trouble neurodéveloppemental. Elle peut être rapprochée, dans cette grande famille des fonctionnements neurologiques atypiques, du TDAH, de l’autisme ou de la dyslexie.

Elle n’est pas plus honteuse que ces autres différences. Elle est simplement moins visible, notamment parce que les personnes concernées développent souvent des stratégies de compensation très performantes.

Mais mieux compenser ne signifie pas moins souffrir. Derrière une interaction réussie, il peut y avoir une vigilance permanente. Derrière un sourire, une recherche fébrile d’indices. Derrière un événement évité, la peur de vexer quelqu’un ou d’être soi-même humilié.

Dire que ce trouble existe ne revient pas à se chercher une excuse. Cela revient à donner une explication juste à des difficultés qui ont trop longtemps été interprétées comme des fautes.

Vous avez le droit de parler, et vous avez le droit de vous taire

Faire son coming out de prosopagnosie peut apporter du soulagement, de la compréhension et des relations plus équilibrées.

Mais cette décision vous appartient.

  • Vous pouvez commencer par une seule personne.
  • Vous pouvez écrire plutôt que parler.
  • Vous pouvez partager un témoignage anonyment.
  • Vous pouvez porter un pin’s.
  • Vous pouvez attendre.
  • Vous pouvez expliquer uniquement ce dont vous avez besoin aujourd’hui.

Et si une personne minimise votre parole, vous avez le droit d’interrompre la conversation. Vous n’avez pas à épuiser votre énergie pour convaincre quelqu’un qui refuse d’entendre votre expérience.

Votre trouble ne devient pas moins réel parce qu’une personne le comprend mal.

Le bon moment n’est pas celui où les autres sont enfin prêts à entendre. C’est celui où vous vous sentez suffisamment en sécurité pour parler.

Et parfois, la première étape n’est pas encore de dire aux autres : « Je suis prosopagnosique. »

C’est simplement de parvenir à se dire à soi-même : « Ce que je vis existe. Je ne suis pas impoli, indifférent ou incapable. Mon cerveau reconnaît autrement, et je n’ai plus à en avoir honte. »

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