De mon côté, ma difficulté à reconnaître les visages me semble presque sélective.
Ce n’est pas que tous les visages me soient étrangers.
Certains, je les reconnais parfaitement.
D’autres, jamais.
Et je ne sais pas vraiment pourquoi.
Petite, j’attendais que mes oncles parlent
Enfant, je confondais mes oncles.
Quand je les voyais, leur visage ne suffisait pas forcément à me dire lequel était devant moi.
Alors j’attendais.
Il suffisait qu’ils commencent à parler.
La voix faisait ce que le visage n’avait pas réussi à faire :
Ah oui, c’est lui !
Pourtant, je reconnais mes frères et sœurs, ma cousine et beaucoup de mes proches sans difficulté.
Mais pas tous.
Il existe même des personnes qui me sont proches et que, malgré le temps passé avec elles, je n’arrive toujours pas à reconnaître facilement.
C’est cela qui me donne cette impression étrange que ma difficulté est « sélective ».
Pourquoi ce visage-là reste-t-il et pas celui-ci ?
Je n’en sais rien.
Dans ma tête, parfois seulement un demi-visage
Ce qui est encore plus étrange, c’est que je sais dessiner des portraits.
Je peux regarder un visage, en observer les formes et les reproduire.
Mais lorsque j’essaie ensuite de me souvenir du visage d’une personne, l’image peut être très différente.
Parfois, j’ai comme un demi-visage.
Quelque chose d’incomplet.
D’autres fois, il ne reste qu’un détail.
Un élément très précis qui semble avoir survécu alors que le reste du visage a disparu.
Et ce sont justement ces détails qui peuvent devenir mes meilleurs alliés pour reconnaître quelqu’un.
Vingt ans à voir quelqu’un sans le reconnaître
Je travaille dans le commerce depuis longtemps.
Il y a donc des clients que je vois depuis mes débuts.
Cela fait parfois vingt ans que certaines personnes viennent.
Vingt ans.
On pourrait penser qu’après autant de rencontres, leur visage est forcément devenu familier.
Pourtant, certaines d’entre elles, je ne les reconnais toujours pas.
Je les regarde et elles se ressemblent.
Je sais rationnellement que je les ai probablement déjà vues des dizaines de fois, mais leur visage ne me permet pas de retrouver qui elles sont.
Et puis il y a les exceptions.
Une ou deux personnes que je reconnais immédiatement grâce à un détail physique très précis.
Un point de repère.
Une particularité.
Quelque chose auquel je peux m’accrocher.
C’est peut-être ce qui décrit le mieux ma façon de reconnaître les gens.
Je ne suis pas entourée de visages totalement inconnus.
Certains me sont évidents.
Certains apparaissent dans ma mémoire à moitié.
Certains se résument à un détail.
Et d’autres, même après vingt ans, refusent obstinément de devenir familiers.