J’ai suivi certains clients pendant dix ans sans réussir à les reconnaître

Pendant longtemps, j’ai travaillé comme commerciale.

Mon métier consistait donc à rencontrer des clients, créer une relation avec eux, les suivre pendant des années et, détail apparemment utile dans une relation commerciale…

les reconnaître.

Pour moi, chaque rendez-vous était une source d’angoisse.

Je pouvais parfaitement connaître mon client.

Savoir pour quelle entreprise il travaillait.

Connaître son dossier.

Me souvenir de nos conversations, de ses demandes, de son activité.

Et pourtant, au moment d’arriver au rendez-vous, une question prenait toute la place :

À quoi ressemble-t-il déjà ?

Réviser son client avant de le rencontrer

J’avais pourtant développé une stratégie.

Avant un rendez-vous, je cherchais mon client sur LinkedIn.

Je regardais attentivement sa photo.

J’essayais de mémoriser son visage.

Je révisais, en quelque sorte.

Comme avant un examen.

Puis j’arrivais au rendez-vous.

Je regardais les personnes présentes…

Et la photo LinkedIn ne m’était pratiquement d’aucune aide.

Parce que, pour moi, il n’y a presque aucun lien entre un visage sur une photographie et ce même visage dans la réalité.

Sur LinkedIn, j’avais appris une image fixe.

Devant moi se trouvait une personne qui bougeait, parlait, souriait, tournait la tête, avec une lumière, une coiffure ou une expression différentes.

Je savais que c’était théoriquement le même visage.

Mais mon cerveau, lui, n’avait visiblement pas reçu la note de service.

Dix ans plus tard, toujours le même doute

On pourrait penser qu’avec le temps, le problème disparaît.

Qu’après trois, cinq ou dix rendez-vous, le visage finit nécessairement par s’imprimer.

Ce n’était pas toujours le cas.

J’ai suivi certains clients pendant plus de dix ans.

Dix années de rendez-vous.

D’échanges.

De dossiers.

De discussions professionnelles.

Je les connaissais.

Et pourtant, après toutes ces années, je pouvais encore avoir du mal à les reconnaître.

C’est probablement cela qui est le plus difficile à expliquer.

Je n’avais pas oublié ces personnes.

Je connaissais notre histoire professionnelle.

Je savais qui elles étaient.

Mais leur visage ne me donnait pas nécessairement accès à toutes ces informations.

Il fallait d’abord que quelque chose fasse le lien.

Une voix.

Un contexte.

Une phrase.

Un élément de la conversation.

Et soudain, tout revenait.

Commerciale, mais pas portraitiste pour la police

Pendant toutes ces années, je me suis souvent fait une réflexion.

Si un jour je suis témoin d’un crime, la police ferait mieux de ne pas trop compter sur moi.

« Pouvez-vous nous décrire le suspect ? »

Alors…

Il avait…

Un visage.

Probablement deux yeux.

Un nez, avec une assez forte probabilité.

Pour le reste, bonne chance.

Je serais totalement incapable de construire un portrait-robot fiable d’une personne que je viens de voir.

Et finalement, cette plaisanterie résume assez bien ce que j’ai vécu comme commerciale.

Je pouvais connaître quelqu’un professionnellement pendant dix ans, connaître son entreprise, ses besoins, nos conversations et notre histoire commune…

mais rester incapable de retrouver facilement son identité à partir de son seul visage.

Je n’oubliais pas mes clients.

Je ne les reconnaissais simplement pas comme les autres.

Elle connaissait mon prénom. Moi, je ne savais même pas si on se faisait la bise

La semaine dernière, je suis allée manger dans un fast-food situé dans un quartier où je ne vais pratiquement jamais. Une femme à peu près de mon âge me regarde. Elle me dévisage. Puis elle sourit....

Pendant des semaines, j’ai cru que mes deux collègues étaient la même personne

J’ai découvert le mot « prosopagnosie » en regardant l’émission Ça commence aujourd’hui. C’est assez ironique parce que je me souviens très bien des témoignages… mais absolument pas des visages des...

Les autres mémorisent vraiment les visages ?

C’est une petite phrase de ma grand-mère qui m’a mis la puce à l’oreille. Un jour, elle m’a dit : « Si je me fais agresser dans la rue, je serai bien embêtée : je serais incapable de faire un...

Quand le visage de mon mari change, je ne me sens plus en sécurité

Chez moi, la difficulté à reconnaître les visages touche quelque chose de très intime. Elle touche mes relations affectives. Je l’ai compris très jeune. Adolescente, j’avais un petit copain qui...

Je croyais que ma prosopagnosie avait commencé à l’adolescence

Pendant longtemps, j’ai pensé que mes difficultés à reconnaître les visages avaient commencé vers 14 ou 15 ans. C’est à cet âge que les problèmes sont devenus évidents. Je pouvais faire la bise à la...

Je savais que je la connaissais. Mais il fallait maintenant écrire son prénom

Récemment, j’étais en dédicace dans une librairie. Les personnes venaient me voir, nous échangions quelques mots, puis je signais leur livre. Tout se passait bien. Jusqu’à ce qu’une femme arrive...

J’ai peur de ne pas reconnaître ma propre mère

Il y a des personnes que je ne vois pas souvent. Et avec le temps qui passe entre deux rencontres, une peur peut apparaître : Et si je ne la reconnaissais pas ? Cette peur existe même avec ma propre...

Elle était heureuse de me revoir. Je n’ai jamais su qui elle était

J’étais étudiante. Ce soir-là, dans un couloir de l’université, je regardais la feuille sur laquelle étaient affichés les résultats d’un examen. Je cherchais mon nom. Je l’ai trouvé. J’étais reçue....

Il y a des personnes que je vois depuis vingt ans et que je ne reconnais toujours pas

De mon côté, ma difficulté à reconnaître les visages me semble presque sélective. Ce n’est pas que tous les visages me soient étrangers. Certains, je les reconnais parfaitement. D’autres, jamais. Et...

J’attends que les autres me reconnaissent avant de leur dire bonjour

À l’université, nous étions une cinquantaine dans ma classe. Un groupe stable. Les mêmes étudiantes, semaine après semaine, mois après mois. Au bout d’un an et demi, je devrais normalement avoir su...