Je suis dans le train avec mon mari.
Le contrôleur arrive.
Contrôle des billets.
Et là, mauvaise nouvelle : nous nous sommes trompés de train.
Le contrôleur ne semble pas particulièrement sensible à notre détresse ferroviaire. Mauvais train, mauvais billet, mauvaise journée : amende.
Je le trouve franchement peu sympathique.
Un peu froid.
Très règlement-règlement.
Bref, dans ma tête, le verdict tombe : un robot de la SNCF.
Un peu plus tard, je vois passer un autre contrôleur.
Et puisque visiblement je considère que la SNCF dispose d’un service après-vente émotionnel, je décide de lui faire part de mon mécontentement.
Je lui explique donc tranquillement :
« Franchement, votre collègue n’était vraiment pas sympa. On s’est juste trompés de train et il nous a mis une amende. Un vrai robot ! »
À côté de moi, mon mari me regarde.
Pas le regard amoureux.
Pas le regard amusé.
Le regard très précis qui signifie :
Mais qu’est-ce que tu es en train de faire ?
Je continue probablement encore quelques secondes avant de comprendre.
Ce n’était pas un autre contrôleur.
C’était le même contrôleur.
Celui qui venait de nous mettre l’amende.
Celui que j’étais donc en train de traiter de robot en lui parlant de lui-même à la troisième personne.
Voilà.
Je ne sais pas toujours si ce genre de situation vient de ma difficulté à reconnaître les visages, d’un moment d’inattention ou d’un merveilleux cocktail des deux.
Mais une chose est certaine : quand cela arrive, c’est embarrassant.
Et manifestement, lorsque je ne reconnais pas quelqu’un, je ne devrais jamais partir du principe qu’il s’agit de la personne idéale pour lui dire du mal de quelqu’un d’autre.
Surtout dans un train.