Prosopagnosie et Alzheimer : comprendre les troubles de reconnaissance

par | 23 janvier 2026 | Actus, Article Master 2 - Paris 8, Science

Ne plus reconnaître un visage familier, hésiter devant un objet pourtant utilisé depuis des années, se sentir perdu dans des situations du quotidien… Ce sont des exemples de ce que les personnes atteintes de prosopagnosie et d’agnosie, un des symptômes de l’Alzheimer, vivent tous les jours.

Ces difficultés peuvent être déstabilisantes, autant pour la personne concernée que pour ses proches. Elles soulèvent souvent des questions, parfois des inquiétudes. Ces troubles, encore peu connus du grand public, peuvent avoir des causes variées. Dans certains cas, ils peuvent même être observées chez des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Source : PubMed.

Cet article a donc pour objectif d’aider à mieux comprendre les troubles de reconnaissance, à repérer certains premiers signes possibles, et à savoir vers qui se tourner, sans poser de diagnostic ni tirer de conclusions précipitées.

Comprendre les troubles de la reconnaissance

Qu’est-ce que l’agnosie ?

L’agnosie est un trouble neurologique qui se manifeste par une difficulté à reconnaître des éléments pourtant perçus correctement. La vue, l’ouïe ou le toucher fonctionnent, mais le cerveau a du mal à interpréter ce qu’il perçoit.

Concrètement, une personne peut :

  • voir un objet sans parvenir à l’identifier,
  • entendre un son sans en reconnaître la source,
  • être désorientée dans un lieu pourtant familier.

Ces situations peuvent être déconcertantes et parfois vécues avec frustration ou gêne, surtout lorsqu’elles interviennent dans la vie quotidienne.

La prosopagnosie : quand les visages deviennent difficiles à reconnaître

La prosopagnosie est une forme particulière d’agnosie qui concerne la reconnaissance des visages. Les personnes concernées voient parfaitement les traits d’un visage, mais peinent à identifier à qui il appartient.

Cela peut se traduire par :

  • la difficulté à reconnaître des proches hors contexte,
  • la confusion entre plusieurs personnes,
  • le besoin de se baser sur d’autres indices (voix, vêtements, coiffure).

Si vous ou quelqu’un de votre entourage vous interrogez sur la possibilité d’être concerné par ce trouble, il est possible de réaliser un test de repérage en ligne. Il n’a pas de valeur diagnostique, mais ce test peut vous aider à identifier certains comportements qui pourraient s’expliquer par une prosopagnosie

Il existe différentes formes de prosopagnosie :

  1. Prosopagnosie développementale (ou congénitale) : 
  • Présente dès la naissance sans lésion cérébrale apparente, elle semble avoir une origine génétique et se manifeste dès l’enfance. 
  • Les individus concernés n’ont jamais eu une capacité normale à reconnaître les visages 
  1. Prosopagnosie acquise : 
  • Elle survient après une lésion cérébrale due à un traumatisme crânien, un accident  vasculaire cérébral ou des maladies neurodégénératives. 
  • Cette forme apparaît généralement soudainement chez une personne qui n’avait pas de problèmes de reconnaissance faciale auparavant.
  1. Prosopagnosie progressive
  • Cette forme est liée à une maladie neurodégénérative, comme la maladie d’Alzheimer ou certaines atrophies temporales.
  • Elle peut apparaître au cours de la vie adulte et évoluer lentement.
  • Les réseaux neuronaux impliqués dans la reconnaissance faciale se dégradent progressivement

Même si la prosopagnosie touche de nombreuses personnes, elle reste encore peu connue du grand public. Cela s’explique notamment par le fait qu’il s’agit d’un trouble invisible, qui ne se repère pas de l’extérieur. Les personnes concernées peuvent ainsi être perçues comme distraites, distantes, voire à tort comme impolies.

Quel lien avec la maladie d’Alzheimer ?

La maladie d’Alzheimer est une maladie neurodégénérative qui entraîne une atteinte progressive de certaines fonctions cognitives, comme la mémoire, le langage ou l’orientation. Chez certaines personnes, elle peut aussi affecter les capacités de reconnaissance.

Les zones du cerveau impliquées dans l’identification des visages, des objets ou des lieux peuvent être touchées au fil du temps. Cela explique pourquoi des troubles de reconnaissance, comme l’agnosie ou la prosopagnosie, peuvent parfois être observés.

Il est cependant essentiel de rappeler un point clé : présenter des difficultés à reconnaître des visages ou des objets ne signifie pas automatiquement être atteint de la maladie d’Alzheimer. Ces troubles peuvent avoir d’autres causes, notamment neurologiques ou liées à l’âge.

Des signes du quotidien qui peuvent interpeller

Certaines situations répétées peuvent attirer l’attention, surtout lorsqu’elles représentent un changement par rapport au fonctionnement habituel de la personne.

Difficultés liées aux visages

Parmi les signes possibles :

  • ne pas reconnaître un proche rencontré dans un contexte inhabituel,
  • confondre plusieurs personnes,
  • éviter les situations sociales par crainte de se tromper,
  • avoir besoin d’indices supplémentaires pour identifier quelqu’un.

Ces difficultés peuvent être sources de malentendus et parfois d’isolement.

Difficultés liées aux objets et aux situations

Les troubles de reconnaissance ne concernent pas uniquement les visages. Ils peuvent aussi se manifester par :

  • une hésitation face à l’usage d’objets familiers,
  • une difficulté à reconnaître des lieux connus,
  • une confusion dans des environnements pourtant habituels,
  • une gêne pour suivre un film ou une conversation.

Pris isolément, ces signes peuvent sembler banals. C’est leur répétition ou leur impact sur la vie quotidienne qui peut amener à se poser des questions.

Quand faut-il en parler à un professionnel ?

Homme lors d’une consultation médicale, accompagné d’un proche, écoutant les explications d’une professionnelle de santé.
Prosopagnosie et Alzheimer : comprendre les troubles de reconnaissance 2

Il peut être utile d’en parler lorsqu’une personne ou ses proches constatent :

  • des difficultés persistantes,
  • une évolution progressive des troubles,
  • une gêne croissante dans la vie quotidienne ou sociale.

Le premier interlocuteur reste souvent le médecin traitant, qui pourra orienter vers un professionnel spécialisé si nécessaire, comme un neurologue ou un centre mémoire. Un bilan neuropsychologique peut parfois être proposé afin de mieux comprendre les difficultés rencontrées.

*Cette démarche n’a pas pour but de poser un diagnostic immédiat, mais de faire le point, d’obtenir des explications et, si besoin, un accompagnement adapté.

Comment accompagner un proche concerné ?

Lorsque ces troubles touchent un proche, l’entourage joue un rôle important. Quelques attitudes peuvent aider au quotidien :

  • éviter les reproches ou les mises en difficulté,
  • privilégier une communication calme et bienveillante,
  • fournir des indices discrets plutôt que de corriger frontalement,
  • maintenir les liens sociaux autant que possible.

L’objectif est de préserver l’estime de soi de la personne concernée et de favoriser un climat de confiance. Les troubles de reconnaissance peuvent être vécus comme une perte de repères, d’où l’importance du soutien émotionnel.

Mieux comprendre ces troubles permet avant tout de prendre du recul, d’éviter les interprétations précoces et de favoriser une approche plus empathique. Reconnaître certains signes ne signifie pas poser un diagnostic, mais peut constituer une première étape pour ouvrir le dialogue et, si besoin, chercher des informations ou un accompagnement adapté.

S’informer auprès de sources fiables, en parler avec un professionnel de santé et s’appuyer sur l’entourage sont autant de moyens de ne pas rester seul face à ces difficultés. Chaque situation est unique, et une approche progressive, respectueuse et humaine reste essentielle.

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