Je préfère arriver en avance à une soirée.

Ce n’est pas pour être le·la plus poli·e ou parce que je suis impatient·e de commencer.

C’est une stratégie. Une technique de survie sociale.

En arrivant tôt, je peux voir les gens entrer un par un. J’ai le temps de les observer, de repérer les signes : un rire, une voix, une accolade, une manière de saluer. Je regarde comment ils interagissent avec les autres, qui ils embrassent, à qui ils parlent avec aisance.

Petit à petit, je déduis leur identité.

Je recolle les morceaux. Je fais des hypothèses. Je me dis : « Cette personne doit être un proche, vu comment elle est accueillie. Celui-là, je l’ai sûrement déjà vu… »

Parce que quand tout le monde est déjà là, que les conversations fusent, que les corps s’agitent, que les visages deviennent des blocs anonymes dans la masse… je perds pied.

Les foules me déroutent.

Je n’ai pas ce raccourci cognitif qui fait dire : « Ah tiens, c’est Paul. »

Moi, il me faut recouper des indices. Contexte, voix, posture, accessoires, interactions.

Et quand je n’ai pas le temps ou l’espace pour ça, je suis juste un·e invité·e qui sourit à tout le monde… au cas où je devrais les connaître.

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