Quand je commence un nouveau travail, ou que j’arrive dans un nouvel environnement, tout le monde se mélange dans un flou uniforme. Les visages ne m’aident pas. Ils ne s’ancrent pas dans ma mémoire. Il me faut autre chose pour m’accrocher.
Alors mon cerveau trie. Il fabrique des catégories visuelles approximatives. Il essaie de classer pour donner une chance à ma mémoire de se repérer.
Les personnes aux traits génériques se fondent. Mais une coiffure extravagante, une barbe rousse, une voix rauque ou un piercing bien placé deviennent comme des ancres. Des repères.
C’est souvent avec ces personnes-là que je crée du lien en premier.
Pas parce qu’elles sont plus gentilles, mais parce que je suis sûr·e de les reconnaître. Parce que je n’ai pas peur de les confondre avec quelqu’un d’autre à la machine à café.
C’est étrange à dire, mais parfois, ma vie sociale dépend d’un chignon haut perché, d’une paire de lunettes rouges ou d’un manteau vert fluo.
Je ne vais pas vers ceux qui m’attirent le plus. Je vais vers ceux que je suis capable de retrouver.