Au quotidien, il m’est déjà arrivé de vivre des incidents gênants simplement parce que je ne reconnaissais pas quelqu’un. J’ai l’impression que c’est surtout vrai avec les personnes que je ne connais pas encore très bien, ou que je n’ai vues que deux ou trois fois. Au travail, je vois beaucoup de clients différents, et il m’arrive de ne pas reconnaître certaines personnes alors qu’elles, au contraire, semblent me reconnaître sans effort. Pas plus tard qu’hier, j’ai confondu un client régulier avec quelqu’un d’autre. Sur le moment, c’est le genre de malaise qui te coupe les jambes.
Alors je compense comme je peux. Il m’est déjà arrivé de reconnaître une cliente non pas à son visage, mais à son sac à main. Et parfois, ça ne suffit pas. Une fois, à l’église, une jeune fille qui me connaît m’a saluée et m’a demandé comment j’allais. Je ne l’avais pas reconnue, alors je l’ai saluée très brièvement, de façon presque automatique. Je me suis rendu compte de mon erreur quand le garçon qui était avec elle a fait une remarque moqueuse, comme si je l’avais ignorée exprès. C’est dur, parce que ce genre de scène donne l’impression d’être froide ou méprisante, alors que la réalité, c’est juste que je n’ai pas “accroché” le visage.
Je me rends compte aussi que le contexte joue énormément. Si je vois quelqu’un dans un endroit différent de celui où je suis habituée à le croiser, j’ai beaucoup plus de mal à l’identifier. Comme si le décor faisait partie de l’identité, et qu’en le retirant, tout devient incertain.
Avec le temps, j’ai remarqué autre chose: je reconnais plus facilement les gens quand ils ont une apparence qui sort de l’ordinaire. Une personne très grande, très corpulente, avec un détail très marqué, ou qui marche avec une béquille, par exemple. À l’inverse, quand quelqu’un a une apparence plus “quelconque”, c’est là que le risque augmente. Non pas parce que je ne fais pas attention, mais parce que mon cerveau manque de points d’accroche, et que tout devient plus flou, plus interchangeable.