Quand je ferme les yeux, les visages s’éteignent

Si je ferme les yeux pour imaginer quelqu’un, ce n’est jamais un gros plan. Je vois un corps entier : la posture, la façon de poser les épaules, la démarche, la veste préférée, parfois même la manière de tenir une tasse. Le visage, lui, refuse de venir. Comme si mon cerveau avait coché l’option floutage TV.

Dans mes rêves, c’est encore plus net : personne n’a de traits. Les gens me parlent, rigolent, m’embrassent — mais leurs faces sont tournées, dans l’ombre, ou remplacées par une impression. Je me réveille avec la certitude d’avoir vécu un moment fort… sans pouvoir dessiner un seul regard.

Pour revoir un visage, je dois remonter le fil jusqu’à un souvenir précis. Je cherche la scène : le café à la terrasse, la discussion dans le métro, la marche sous la pluie. Puis je repère un détail déclencheur — une blague, une odeur de lessive, le bruit d’un briquet — et là, petit à petit, les éléments reviennent par morceaux : le grain de beauté à gauche, la fossette quand il rit, le front qui se plisse quand elle cherche ses mots. Jamais le visage tout seul, toujours arrimé au moment partagé.

C’est ma façon de me souvenir des gens : pas en portrait serré, mais en scène entière. Et finalement, ça me va — parce que ce qui me reste d’eux, c’est surtout comment on était ensemble.

Ils me reconnaissent, mais moi je ne les “imprime” pas

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Je tenais la billetterie d’un loto à l’école. Un truc simple, joyeux, avec du bruit, des gens qui passent, des tickets, des sourires. Je suis dans mon rôle, concentrée, je salue, je fais comme il...

Je reconnais à la voix… et je dis bonjour à tout le monde

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Le jour où Oliver Sacks a mis un nom sur mon trouble

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Prof au lycée : impossible de nommer les élèves

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On me croit lunatique, mais je ne reconnais pas les visages

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J’ai 79 ans. Et depuis aussi loin que remontent mes souvenirs, je me bagarre avec la même chose: retenir les visages, retenir les noms. J’ai essayé. J’ai travaillé. Je me suis forcée. Et malgré tous...

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