Je suis prosopagnosique et institutrice : j’ai eu peur de discriminer mes élèves.

Ce que j’écris me coûte, mais je préfère être claire. En classe, la difficulté ne se manifestait qu’avec un groupe précis : plusieurs petites filles noires. Je me surprenais à les confondre, à inverser leurs prénoms, et je ne remarquais pas quand elles échangeaient de place. C’était à l’opposé de mes valeurs d’égalité. Je rentrais chez moi avec la gorge serrée, honteuse, en me demandant si, malgré moi, je faisais du tort.

Pourquoi elles, et pas les autres ? Dans ma classe, plusieurs portaient des coiffures protectrices très proches (tresses collées, chignons hauts). Or moi, qui ne reconnais pas les visages, je compense avec deux repères fragiles : la coiffure et la position dans la classe. Quand ces repères se ressemblent et que les places tournent, mon cerveau range tout dans le même “dossier”. Je continue alors à m’adresser au mauvais prénom… et je m’en rends compte trop tard. L’intention n’efface pas l’impact : c’est précisément ce qui m’angoissait.

Découvrir la prosopagnosie a été un soulagement.

Dans ma tête : je n’encode pas les visages ; je m’accroche à des indices périphériques (coiffure, emplacement, accessoire). Si plusieurs élèves partagent les mêmes indices et que ces indices changent (tresses refaites, chignon déplacé, tables réorganisées), mon repérage s’effondre et je fusionne les profils. Le savoir m’a permis d’agir : plans de classe clairs, étiquettes-prénoms, droit explicite de me corriger, et appui sur la voix.

Je ne m’en veux plus comme avant, et je sais que je ne suis pas raciste. Ouf — mais je reste vigilante, transparente avec les familles et mes élèves, pour que tout le monde soit traité avec la même attention.

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