Dans mon cabinet, tout est ritualisé : j’appelle « Madame Martin », une voix répond « oui », je sors la main gel hydro, je souris. La voix suffit, le dossier s’ouvre, la consultation se déroule. C’est hors du cabinet que tout se dérègle. Un samedi, au marché,...
J’ai un métier où je parle à beaucoup de monde. Rendez-vous, couloirs, sourires, poignées de main — c’est mon quotidien. Mais chaque interaction me coûte une attention folle : reconnaître quelqu’un, c’est comme lancer un gros logiciel sur un vieux portable. Ça rame....
Dans ma rue, tout le monde me dit bonjour. Moi aussi. Le problème, c’est de savoir à qui je le dis. Avec mes voisin·e·s, il me faut plusieurs interactions — ou une rencontre marquante — pour que leur visage “reste”. Ce que je retiens d’abord, ce sont des morceaux :...
Avant, j’étais la reine des stratagèmes : « Salut, ça fait plaisir ! » (très vague), questions-parapluie (« On s’est vues où déjà ? »), sourire, hochement de tête… Tout pour éviter qu’on remarque que je ne reconnaissais pas la personne en face. Désormais, je préfère...
Traduction française de l’article « Face-Blind » d’Oliver Sacks, publié le 23 août 2010 dans The New Yorker. À travers son propre témoignage de prosopagnosie — l’incapacité à reconnaître les visages — Sacks mêle science, introspection et récit clinique. Il y...
C’est souvent la voix qui me permet d’associer un nom à une personne, surtout quand je la rencontre hors de son cadre habituel. Le visage seul ne suffit pas. La voix, elle, déclenche quelque chose. Alors je m’y accroche. Et pour limiter… Lire la suite : Je reconnais à la voix… et je dis bonjour à tout le monde
Pendant longtemps, j’ai vécu avec la conviction que cette difficulté venait de moi. Je l’interprétais comme un défaut d’attention, un manque de concentration, une sorte de “paresse du regard”. Je m’en faisais le reproche, comme on se reproche une maladresse: si je… Lire la suite : Le jour où Oliver Sacks a mis un nom sur mon trouble
Pour moi, le déclic est arrivé pendant mes études de psychologie. En cours, en lisant, en recoupant les descriptions… j’ai fini par me rendre compte que ce que je vivais depuis longtemps avait un nom: la prosopagnosie. Jusque-là, je m’étais adaptée comme… Lire la suite : J’ai compris en psycho que j’étais prosopagnosique
Ancien professeur en lycée, la prosopagnosie a été ma plus grande difficulté pédagogique. Pas la préparation des cours. Pas la correction des copies. Pas la gestion du programme. Non. Le vrai mur, c’était la classe elle-même. Parce que la discipline, ça se… Lire la suite : Prof au lycée : impossible de nommer les élèves
La prosopagnosie… chez moi, ce n’est pas un “petit truc bizarre”. C’est une souffrance quotidienne. Au début, je n’avais aucun mot pour expliquer. Je vivais ça comme un trouble, un déficit intellectuel, une incapacité honteuse: “Pourquoi je n’arrive pas à retenir les… Lire la suite : On me croit lunatique, mais je ne reconnais pas les visages