À la crèche, il y avait trois enfants blonds de deux mois, même gabarit, même pyjama tout doux. Un seul était le mien. Impossible de savoir lequel récupérer.
Je scrute : bracelet, doudou, petite tache sur la manche… rien. Et là, je vois des grands-parents filer d’un pas sûr vers l’un des bébés, le soulever, bisou, écharpe, terminé. Moi, je reste planté avec deux blondinets potentiels, et je me dis : ok, j’ai vraiment un problème.
Ce que je prenais depuis 27 ans pour de l’étourderie ou un manque d’attention n’expliquait pas ça : être incapable de retrouver mon fils. Puis j’ai mis un mot sur ce que je vivais : je suis prosopagnosique. C’était donc ça, depuis 27 ans, que je galérais socialement et que j’accumulais les faux pas : mon cerveau n’a tout simplement pas de mémoire des visages.
J’avais pris l’habitude de reconnaître les autres grâce au regard et au sourire qu’ils me portent. Mais un bébé de deux mois, qui ne reconnaît pas encore son papa, n’envoie aucun de ces repères. Ce jour-là, sans ce miroir affectif, j’étais perdu.
Depuis, j’assume, j’explique