Ma difficulté à reconnaître les visages m’a toujours posé de nombreux soucis. Quand j’étais plus jeune, j’étudiais le trombinoscope de mon école avant chaque interaction sociale. Et je continue à le faire dès que mon entreprise en met un à disposition. C’est devenu un réflexe : réviser avant de rencontrer, pour éviter de me tromper.
Malgré ça, j’ai déjà vexé des amis en ne les reconnaissant pas après une coupe de cheveux, ou simplement parce que je ne les avais pas vus depuis un moment. Et dès qu’une personne apparaît dans un contexte inhabituel (par exemple au supermarché au lieu du travail), je peux ne plus la reconnaître du tout. Comme si le décor faisait partie de son identité, et qu’en changeant de décor, tout se débranche.
Je travaille aujourd’hui en ressources humaines, et cette difficulté est franchement handicapante. Il me faut des semaines pour distinguer les visages de mon équipe immédiate, et je ne reconnais presque jamais ceux des personnes que je ne côtoie pas quotidiennement. J’ai dû développer des stratégies pour amener les gens à me rappeler qui ils sont, sans les mettre mal à l’aise, et sans me trahir non plus.
Avant ça, j’ai travaillé en restauration, et je confondais parfois mes collègues avec les clients. Là aussi, je faisais des efforts, je me concentrais, mais ça ne suffisait pas. Je peux fournir de réels efforts de concentration, et pourtant, la reconnaissance ne vient pas. Comme si la volonté n’y changeait rien.