Je suis capable de dire bonjour à mon reflet

J’ai longtemps vécu avec ça en me disant que j’étais “pas physionomiste”. Un petit défaut social, un truc banal. Sauf qu’en réalité, c’était une collection entière de signes… que j’ai ignorés pendant des années.

Quelques anecdotes pour illustrer.

Il m’est arrivé de ne pas reconnaître ma propre fille dans la rue, juste devant le logement où je venais la chercher. J’étais dans la voiture, j’attendais, et j’ai vu une personne s’approcher. Dans ma tête: “Mais qui est cette personne qui arrive vers moi?” Sauf que c’était elle.

Il y a quinze jours, j’ai dit “bonjour” à ma sœur… alors que je venais de passer deux heures avec elle à la piscine. La seule différence? Elle avait les cheveux mouillés. Un détail suffit parfois à faire buguer tout le système.

Les miroirs, c’est un autre chapitre. Je n’ai mis des miroirs récemment dans ma salle de bains que parce que “ça se fait”. Je m’y regarde rarement. Et d’ailleurs, je ne me reconnais que parce que je sais que c’est un miroir. Il m’arrive même d’être capable de dire bonjour à mon reflet si je crois être face à une vitre. Oui, c’est absurde. Non, ce n’est pas une blague.

Alors je compense autrement.

Je reconnais les gens à leur démarche, leur voix, leur allure générale. Mais ça reste fragile. Si quelqu’un change les paramètres, je perds la personne. Typiquement: si ma pote Fanny arrive à notre rendez-vous avec des lunettes de soleil et un chapeau, je peux passer à côté, alors que je reconnais très bien sa voix. Parfois, j’ai littéralement besoin d’un détail (une écharpe, un manteau, un sac) pour accrocher.

Et ce n’est pas que les humains. C’est aussi vrai pour les animaux. Même mon chat peut devenir “pas mon chat” si quelque chose change dans la scène.

Je serais incapable de décrire précisément une personne pour faire un signalement. Décrire un visage, des traits, une forme de nez, une mâchoire… c’est comme si on me demandait de décrire une image que je n’ai jamais vraiment enregistrée.

Et le grand classique: hors contexte, je ne reconnais pas les gens. Le décor compte. Le lieu compte. Le “rôle” compte. Quand tout ça saute, l’identité saute avec.

La révélation est venue de manière très simple, presque comique.

L’an dernier, à une fête chez un ami, je salue une personne que j’ai l’impression de n’avoir jamais rencontrée. Elle me répond qu’on s’est saluées… un quart d’heure avant, à un autre étage. Je m’excuse, en sortant mon classique: “Désolée, je ne suis pas du tout physionomiste.” Elle me répond tranquillement qu’elle est prosopagnosique… et qu’elle, en revanche, m’a reconnue à mes lunettes.

Grand moment 😄

Et depuis, je regarde tout ça autrement. Ce ne sont pas des “petites étourderies”. Ce sont des indices cohérents, nombreux, et finalement assez clairs. Tellement de signes ignorés jusqu’à maintenant.

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