Sur mon lieu de travail, je côtoie chaque jour les mêmes personnes. Je devrais être à l’aise, reconnaître sans réfléchir, saluer naturellement. Et pourtant, la veille d’un week-end, pendant une soirée, une dame m’a saluée avec un grand sourire.
Je lui ai rendu son sourire… mais je n’ai pas réussi à aller plus loin. Impossible de lui parler, parce que je ne savais plus d’où je la connaissais. Je sentais qu’il y avait un lien, une évidence pour elle, mais dans ma tête c’était le vide. Alors j’ai fait semblant d’être occupée, j’ai évité la conversation, et j’ai continué la soirée avec cette question qui tourne en boucle : mais qui est-elle ?
Ça m’a travaillée tout le reste de la nuit. Pas juste une seconde de doute, non : une vraie obsession. Comme si mon cerveau cherchait désespérément à recoller un morceau manquant.
Je ne l’ai reconnue que le lundi matin, au travail. Là, tout s’est remis en place d’un coup. Et j’ai eu cette réaction que je connais trop bien : je me suis confondue en excuses, en lui disant que je n’étais “vraiment pas physionomiste”. Comme si c’était une petite maladresse, alors que moi je venais de vivre un gros malaise.
Depuis, dès que je l’aperçois, j’ai honte. Pas parce que je m’en fiche des gens, mais parce que je sais ce que ça renvoie : l’impression de ne pas considérer l’autre, de ne pas faire attention. Alors que la réalité, c’est juste que hors contexte, mon cerveau ne suit pas.