La sortie d’école, pour beaucoup de parents, c’est un rituel. Pour moi, c’est un test.

Je ne reconnais pas mes enfants à distance. Pas comme les autres parents qui repèrent leur gamin en une demi-seconde au milieu du chaos. Moi, j’attends. Je scrute. Et souvent, ce sont eux qui viennent vers moi. Sans ça, je pourrais rester planté là, à regarder une marée d’enfants qui se ressemblent tous un peu, avec leurs manteaux, leurs sacs, leurs capuches, leurs mouvements rapides.

Une fois, ça a failli tourner au scénario catastrophe.

J’ai failli partir avec un autre enfant. J’étais à deux doigts de l’embarquer, comme si c’était normal. Et je ne m’en suis rendu compte que juste avant de monter dans la voiture. Le détail qui m’a sauvé? Son manteau était différent. Pas son visage. Le manteau. Ça dit tout.

Et ce genre de bug ne s’arrête pas à l’école.

Dans les magasins, quand il y a des miroirs, ça peut partir en vrille aussi. Je passe devant une glace et je vois une femme qui me regarde. Première réaction: “Pourquoi elle me fixe, celle-là?” Et puis mon cerveau recolle les morceaux: ah… c’est moi.

C’est un moment étrange, parce que tu n’as pas l’habitude d’hésiter sur ta propre identité. C’est le genre de micro-scène absurde que tu racontes en riant… mais sur le moment, ça te laisse toujours un petit flottement.

Même aller chez le coiffeur devient compliqué. Je n’y vais pas souvent, parce que changer de coiffure me perturbe pendant plusieurs jours. Je me retrouve avec une tête qui est censée être la mienne, mais qui ne “colle” pas. Ça crée une sensation de décalage, comme si je devais réapprendre mon propre visage. Alors j’évite. Je garde mes repères. Je garde mon “moi” stable, autant que possible.

Au fond, ce qui fatigue le plus, ce n’est pas l’oubli. C’est la vigilance. Le fait de devoir s’accrocher à des détails pour faire ce que tout le monde fait sans y penser: reconnaître ses proches, se reconnaître soi-même, et avancer sans ce petit moment de doute qui, chez moi, revient beaucoup trop souvent.

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