Depuis la mort de mon mari, je n’ai plus ma “béquille” sociale

Mon trouble n’est pas toujours visible, et la plupart du temps je m’en sors. Il y a même une majorité de personnes que je reconnais sans problème. Mais parfois, ça devient vraiment problématique.

Pendant des années, mon mari a été ma béquille discrète. Il voyait avant moi. Il me prévenait doucement quand je ne reconnaissais pas quelqu’un, par exemple un voisin. Il me glissait un indice, un prénom, un contexte, juste ce qu’il fallait pour m’éviter une gaffe et surtout pour m’éviter cette sensation de panique intérieure. Grâce à lui, beaucoup de situations passaient “normalement”, sans que personne ne se rende compte de l’effort en coulisses.

Aujourd’hui, il est décédé. Quand je croise quelqu’un dans la rue, je peux me retrouver seule face au doute. Je fixe la personne, pas par impolitesse, mais pour chercher un signe: un sourire, un regard qui dit “on se connaît”, une réaction qui me donne une direction. Et ensuite, j’improvise. Parfois je tente un bonjour prudent. Parfois j’attends que l’autre parle. Parfois je me trompe. Et quand je me trompe, ce n’est pas juste gênant: c’est lourd, parce que je n’ai plus mon allié à côté pour rattraper, pour dédramatiser, pour me tenir la main.

Ce trouble, on peut vivre avec, oui. Mais on vit aussi avec ses petites blessures répétées: la peur de vexer, la peur d’avoir l’air froide, la peur d’être jugée. Et quand on perd la personne qui nous aidait à traverser ça, on se retrouve à devoir tout porter seule.

C’est pour ça que j’ai besoin que ce trouble soit mieux connu. Pas pour qu’on me plaigne. Juste pour que ce soit compris. Pour que, si un jour je ne dis pas bonjour, ce ne soit pas interprété comme du mépris. Pour que je puisse expliquer simplement: “je peux ne pas te reconnaître hors contexte, aide-moi avec un indice”, sans devoir m’excuser comme si j’avais fait exprès.

Parce qu’au fond, ce dont on a le plus besoin, ce n’est pas d’être “pardonné”. C’est d’être compris.

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