Le train ralentit, mon cœur accélère. Je colle mon front à la vitre embuée comme si ça pouvait m’aider à “viser” la bonne personne. Sur le quai, c’est la grande loterie : manteaux sombres, bonnets, sacs à dos identiques. Tout le monde se ressemble. À chaque fois, la même peur : et si je ne reconnais pas ma mère ?
Mais ma mère avait une façon bien à elle de faire des signes. Moi, je scannais la foule à la recherche de cette danse. Pas son visage : sa danse. À la première boucle de sourcils, toute l’angoisse retombait ; j’avais retrouvé mon phare.
Un jour d’hiver, elle avait changé d’écharpe et planqué ses cheveux sous un bonnet. Panique : je ne trouvais plus la bonne “silhouette”. Puis j’ai vu ses doigts s’agiter, ce minuscule mouvement de main qu’elle faisait. C’était elle. J’ai foncé, l’estomac enfin dénoué.
Je croyais être étourdi·e, avoir une mémoire “bizarre”. En réalité, j’avais très bien identifié ses mimiques — c’étaient mes repères fiables, plus solides que n’importe quel visage. Sa petite danse visuelle remplaçait la signature faciale que mon cerveau n’imprime pas.