Je préfère arriver en avance à une soirée.

Ce n’est pas pour être le·la plus poli·e ou parce que je suis impatient·e de commencer.

C’est une stratégie. Une technique de survie sociale.

En arrivant tôt, je peux voir les gens entrer un par un. J’ai le temps de les observer, de repérer les signes : un rire, une voix, une accolade, une manière de saluer. Je regarde comment ils interagissent avec les autres, qui ils embrassent, à qui ils parlent avec aisance.

Petit à petit, je déduis leur identité.

Je recolle les morceaux. Je fais des hypothèses. Je me dis : « Cette personne doit être un proche, vu comment elle est accueillie. Celui-là, je l’ai sûrement déjà vu… »

Parce que quand tout le monde est déjà là, que les conversations fusent, que les corps s’agitent, que les visages deviennent des blocs anonymes dans la masse… je perds pied.

Les foules me déroutent.

Je n’ai pas ce raccourci cognitif qui fait dire : « Ah tiens, c’est Paul. »

Moi, il me faut recouper des indices. Contexte, voix, posture, accessoires, interactions.

Et quand je n’ai pas le temps ou l’espace pour ça, je suis juste un·e invité·e qui sourit à tout le monde… au cas où je devrais les connaître.

Se souvenir sans les visages 

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En attendant le mot officiel

Devant le café, quelqu’un me fait de grands signes. Je ralentis, sourire poli, cerveau en roue libre. Puis j’entends la voix : « Alors, tu viens ? » C’est ma meilleure amie. J’explose de rire — elle...

Médecin, et pourtant…

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Visages en transit, batterie à plat

J’ai un métier où je parle à beaucoup de monde. Rendez-vous, couloirs, sourires, poignées de main — c’est mon quotidien. Mais chaque interaction me coûte une attention folle : reconnaître quelqu’un,...

Le voisinage en flou net

Dans ma rue, tout le monde me dit bonjour. Moi aussi. Le problème, c’est de savoir à qui je le dis. Avec mes voisin·e·s, il me faut plusieurs interactions — ou une rencontre marquante — pour que...

De la ruse au franc-jeu

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Masqués, tout devenait plus simple

Pendant le COVID, j’étais… étonnamment plus à l’aise. Je reconnaissais bien les personnes quand nous étions masqué·es. Et je voyais toutes les autres personnes galérer. J’avais l’impression d’avoir...

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Dans l’ascenseur du boulot, deux collègues discutent côte à côte. Même taille, même carrure, même coupe “propre du lundi”. Je les salue, je plaisante… et, au moment de repartir, j’appelle l’un par...

Permis de confondre

Je suis enseignante de la conduite. Tous les jours, je rencontre des dizaines d’élèves… souvent de la même tranche d’âge, jean-baskets-sac à dos. Autant dire : version “copier-coller”. Résultat,...