Cheveux bleus, piercing au nez : ma boussole sociale

Je suis prosopagnosique. je me fais des ami·e·s parmi les gens impossibles à rater. Cheveux bleus, roses, arc-en-ciel, sourcil percé, tatouages qui racontent des poèmes, quatre anneaux à l’oreille et un septum qui cligne de l’œil… Merci pour ces balises visuelles : mon cerveau les adore.

Dans une foule, je ne reconnais pas les visages, mais je repère très bien « la coupe bleue en carré + liner incroyable » ou « le bomber argent + bottes plateformes ». Résultat : je navigue au feeling fluo. C’est de la cartographie affective avec paillettes intégrées.

C’est pour ça que je me sens si bien dans la communauté queer : les styles sont créatifs, assumés, uniques. On choisit ses marqueurs, on les porte comme des bannières, et moi, j’y vois des phares. Et puis on y croise plein d’autres neuroatypiques ; on peut parler directement des stratégies qui aident, rigoler des quiproquos, poser des codes, sans se justifier pendant trois heures.

Moralité : si je te reconnais vite, ce n’est pas (seulement) parce que tu es inoubliable — c’est aussi parce que ta singularité m’offre un raccourci. Et si un jour tu changes tout : nouvelle coupe, nouveaux bijoux… préviens-moi : j’apporte les confettis, et on met à jour ma carte.

Se souvenir sans les visages 

Je ne reconnais jamais mes clients, même ceux qui viennent chaque semaine. Je confonds tout le temps les gens, dans la vie comme à l’écran. Mais parfois, un minuscule détail devient ma bouée. Une...

En attendant le mot officiel

Devant le café, quelqu’un me fait de grands signes. Je ralentis, sourire poli, cerveau en roue libre. Puis j’entends la voix : « Alors, tu viens ? » C’est ma meilleure amie. J’explose de rire — elle...

Médecin, et pourtant…

Dans mon cabinet, tout est ritualisé : j’appelle « Madame Martin », une voix répond « oui », je sors la main gel hydro, je souris. La voix suffit, le dossier s’ouvre, la consultation se déroule....

Visages en transit, batterie à plat

J’ai un métier où je parle à beaucoup de monde. Rendez-vous, couloirs, sourires, poignées de main — c’est mon quotidien. Mais chaque interaction me coûte une attention folle : reconnaître quelqu’un,...

Le voisinage en flou net

Dans ma rue, tout le monde me dit bonjour. Moi aussi. Le problème, c’est de savoir à qui je le dis. Avec mes voisin·e·s, il me faut plusieurs interactions — ou une rencontre marquante — pour que...

De la ruse au franc-jeu

Avant, j’étais la reine des stratagèmes : « Salut, ça fait plaisir ! » (très vague), questions-parapluie (« On s’est vues où déjà ? »), sourire, hochement de tête… Tout pour éviter qu’on remarque...

Voix d’abord, visage ensuite

Afterwork au bureau. Quelqu’un m’aborde : « Salut ! On s’est croisés la semaine dernière. » Mon cerveau, lui, affiche fond d’écran. Zéro visage. Je laisse parler dix secondes — et là, tilt. La voix....

Masqués, tout devenait plus simple

Pendant le COVID, j’étais… étonnamment plus à l’aise. Je reconnaissais bien les personnes quand nous étions masqué·es. Et je voyais toutes les autres personnes galérer. J’avais l’impression d’avoir...

Même corpulence, même coupe : mon cerveau fusionne

Dans l’ascenseur du boulot, deux collègues discutent côte à côte. Même taille, même carrure, même coupe “propre du lundi”. Je les salue, je plaisante… et, au moment de repartir, j’appelle l’un par...

Permis de confondre

Je suis enseignante de la conduite. Tous les jours, je rencontre des dizaines d’élèves… souvent de la même tranche d’âge, jean-baskets-sac à dos. Autant dire : version “copier-coller”. Résultat,...