Je suis prosopagnosique. je me fais des ami·e·s parmi les gens impossibles à rater. Cheveux bleus, roses, arc-en-ciel, sourcil percé, tatouages qui racontent des poèmes, quatre anneaux à l’oreille et un septum qui cligne de l’œil… Merci pour ces balises visuelles : mon cerveau les adore.
Dans une foule, je ne reconnais pas les visages, mais je repère très bien « la coupe bleue en carré + liner incroyable » ou « le bomber argent + bottes plateformes ». Résultat : je navigue au feeling fluo. C’est de la cartographie affective avec paillettes intégrées.
C’est pour ça que je me sens si bien dans la communauté queer : les styles sont créatifs, assumés, uniques. On choisit ses marqueurs, on les porte comme des bannières, et moi, j’y vois des phares. Et puis on y croise plein d’autres neuroatypiques ; on peut parler directement des stratégies qui aident, rigoler des quiproquos, poser des codes, sans se justifier pendant trois heures.
Moralité : si je te reconnais vite, ce n’est pas (seulement) parce que tu es inoubliable — c’est aussi parce que ta singularité m’offre un raccourci. Et si un jour tu changes tout : nouvelle coupe, nouveaux bijoux… préviens-moi : j’apporte les confettis, et on met à jour ma carte.