Elle ne dit pas bonjour à un collègue qu’elle croise tous les matins.
Elle confond deux cousines lors d’un déjeuner de famille.
Elle semble distante, évite le regard, hésite avant de s’adresser à quelqu’un…
Ces situations du quotidien peuvent créer des malentendus, parfois des blessures silencieuses. Et pourtant, derrière ces petits moments de malaise, il existe un trouble : la prosopagnosie. Un trouble qui touche aussi bien des anonymes que de nombreuses personnalités publiques, mais qui reste largement méconnu.
Comprendre la prosopagnosie : quand le visage n’est pas un repère
La prosopagnosie est un trouble de la reconnaissance des visages. Concrètement, cela signifie que la personne a des difficultés, parfois très importantes, à identifier les visages humains, y compris ceux de personnes proches.
Ce n’est pas une question de vue : la personne voit parfaitement les traits. Le problème se situe ailleurs : le visage ne s’imprime pas comme un repère fiable dans la mémoire. C’est ce que l’on appelle parfois un problème de mémoire du visage.
Ainsi, une personne prosopagnosique peut :
- ne pas reconnaître les gens qu’elle connaît pourtant bien,
- ne pas se souvenir des visages rencontrés la veille,
- confondre des personnes lorsque le contexte change (travail, famille, école).
Il est essentiel de rappeler que la prosopagnosie :
- n’est pas un manque d’attention,
- n’est pas liée à l’intelligence,
- n’est pas un refus social ou un désintérêt pour les autres.
Si vous souhaitez en savoir plus, consultez le site international consacré à la prosopagnosie.
Le quotidien d’une personne prosopagnosique
La prosopagnosie n’est pas seulement un trouble cognitif : c’est aussi une expérience émotionnelle parfois lourde à porter.
Des situations sociales souvent complexes
Certaines situations sont particulièrement difficiles :
- au travail ou à l’école : reconnaître collègues, clients ou camarades devient compliqué, car les costumes, tenues professionnelles ou codes vestimentaires communs rendent les individus moins distincts
- dans la famille élargie : les membres d’une même famille ont souvent des comportements, postures ou expressions semblables, ce qui peut amplifier la confusion et rendre l’identification encore plus délicate
- lors d’événements sociaux (fêtes, mariages, réunions, soirées) : la personne prosopagnosique est confrontée à de nombreuses sollicitations en peu de temps.
Chaque interaction devient un défi : “Est-ce que cette personne me regarde parce qu’on se connaît ? Vais-je la vexer ?”. Ce stress constant peut rendre ces moments particulièrement fatigants et anxiogènes.
Des stratégies pour s’en sortir
Pour compenser le fait de ne pas reconnaître les visages, beaucoup développent des stratégies, souvent inconsciemment :
- reconnaître la voix, la démarche, la posture,
- s’appuyer sur les vêtements, la coiffure, les accessoires,
- observer le contexte pour deviner qui est qui.
Certaines personnes évitent le contact visuel, d’autres finissent par éviter inconsciemment certaines situations sociales, pour se protéger.

Un impact émotionnel réel

À force, cela peut entraîner :
- une grande fatigue mentale,
- de l’anxiété sociale,
- un sentiment de honte ou de culpabilité.
« C’est humiliant, parce que la plupart des gens pensent que j’invente un truc élaboré pour m’excuser de ne pas les reconnaître parce que je ne m’intéresse pas à eux », racontait la primatologue Jane Goodall.
Comment aider une personne prosopagnosique : gestes simples et aménagements utiles
C’est ici que les proches ont un rôle essentiel à jouer. Souvent, ce sont de petits gestes, très simples, qui font une grande différence.
1. Identifiez-vous clairement
Dire son prénom en arrivant peut sembler évident, mais c’est un immense soulagement pour une personne prosopagnosique. Un simple : « C’est moi, Marie » évite stress et malaise.
2. Nommez les personnes dans les conversations de groupe
Dans un échange à plusieurs, préciser qui parle permet à la personne de suivre la conversation sans se sentir perdue ou exclue.
3. Prévenez les changements d’apparence
Une nouvelle coupe, une couleur de cheveux, des lunettes, un changement de style vestimentaire : pour une personne avec un problème de mémoire du visage, cela peut suffire à rendre quelqu’un méconnaissable. Prévenir à l’avance est une vraie aide.
4. Préparez les rendez-vous extérieurs
Donnez des points de repère clairs : la couleur de vos vêtements, un accessoire visible, le lieu exact où vous vous trouverez.
Aller au-devant de la personne dès son arrivée évite aussi beaucoup d’angoisse.
5. Aidez à identifier les rencontres imprévues
Si vous croisez quelqu’un par hasard, n’hésitez pas à glisser discrètement l’identité de la personne rencontrée.
Enfin, gardez en tête une chose essentielle : la personne concernée est la mieux placée pour connaître ses besoins. Selon la sévérité du trouble et les stratégies déjà mises en place, les attentes peuvent varier. L’écoute et le dialogue sont les meilleurs aménagements pour la prosopagnosie.
Aider au quotidien, c’est avant tout comprendre
Si vous connaissez quelqu’un qui vit avec ce trouble, ou si vous pensez qu’un proche pourrait être concerné, vous pouvez l’inviter à réaliser ce test gratuit proposé par Trouble with Faces. Attention, il ne constitue pas un diagnostic médical.
La prosopagnosie n’empêche ni l’amitié, ni l’amour, ni des relations profondes et sincères. Elle demande simplement des ajustements, de la compréhension et un peu de patience.
En changeant votre regard, en posant des gestes simples et en restant à l’écoute, vous contribuez à créer des relations plus sereines, plus justes et plus humaines.
Parce qu’aider, parfois, c’est avant tout comprendre.

















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