Le site propose désormais un contenu fidèle à l’état de la recherche. Leur équipe a même été au-delà de nos attentes en ajoutant un lien vers notre test de détection de la prosopagnosie.
C’est important de le dire : lorsqu’un acteur de santé accepte de corriger rapidement une information inexacte, cela aide concrètement les personnes concernées à mieux se reconnaître, à mieux comprendre leur trouble, et à avancer vers un éventuel diagnostic.
Nous remercions donc ELSAN pour cette correction.
Les personnes qui recherchent un diagnostic officiel ou une orientation peuvent se tourner vers les neurologues et psychologues mentionnés par ELSAN.
Cet article n’est plus à jour dans son objet principal, puisque ELSAN a corrigé depuis les informations concernées sur son site.
Nous le conservons toutefois comme archive, car il montre de façon assez claire les erreurs de compréhension qui existent encore autour de la prosopagnosie, y compris dans des contenus de santé grand public.
Il permet aussi de comprendre en quoi ces représentations fausses peuvent freiner l’identification du trouble par les personnes concernées
Lorsqu’on tape “prosopagnosie” dans Google, un des premiers sites qui sort n’est pas un site public de santé, ni une revue scientifique, mais celui d’un acteur qui se présenterait comme “leader de l’hospitalisation privée en France” :. https://www.elsan.care/fr/pathologie-et-traitement/maladies-neurologiques/prosopagnosie-definition-traitements J’aurais bien aimé que le site le mieux référencé fournisse des informations pertinentes et sourcées. Mais c’est assez déceptif.
Quelques perles
Prosopagnosie : ELSAN a corrigé son site internet 7
👉 “La prosopagnosie est un trouble rare.”
Rare ? En réalité, 2 à 3 % de la population seraient concernés. Une personne sur 50. En France, cela représente plus d’un million de personnes. Pas si rare, finalement. La prosopagnosie est plutôt courante mais méconnue. Une maladie est dite rare quand elle touche moins d’une personne sur 2 000. On est très loin du compte.
👉 “Les personnes atteintes de prosopagnosie ne seraient pas en mesure de distinguer les traits caractéristiques d’un visage.”
Ah bon ? Toutes les études disent l’inverse : les prosopagnosiques voient très bien les traits. Les yeux, le nez, la bouche… tout est net. Ce qui manque, c’est l’association : impossible de retrouver à qui appartient ce visage. Avec une présentation sensationnaliste, on risque de mal orienter une personne prosopagnosique : “je distingue les traits, donc je ne suis pas concerné·e”… alors qu’elle l’est peut-être.
Prosopagnosie : ELSAN a corrigé son site internet 8
👉 “Découvrez comment se manifeste ce trouble, et quels sont ses causes et ses traitements.”
Les traitements ? Là, mystère. À ce jour, aucun traitement médical n’existe. La prosopagnosie est un trouble, pas une maladie. On apprend à compenser, à utiliser d’autres indices (voix, démarche, coiffure…), mais il n’y a pas de pilule miracle. Que ce soit le résultat d’un template mal rempli ou d’un excès de SEO, ça induit une idée fausse.
Prosopagnosie : ELSAN a corrigé son site internet 9
👉 “Un prosopagnosie voit les visages comme des formes vagues et ne peut pas les distinguer les uns des autres.”
Déjà, on dit “une personne prosopagnosique”, pas “un prosopagnosie”. Ensuite, non : les visages ne sont pas flous. Ils sont nets, parfaitement différenciés. C’est la mémoire du visage qui est absente. Dans la série coréenne My Holo Love, la mise en scène choisit de flouter les visages pour faire comprendre la difficulté — mais c’est une simplification de réalisateur, pas la réalité vécue.
Prosopagnosie : ELSAN a corrigé son site internet 10
👉 “Limiter les risques de prosopagnosie serait possible avec une alimentation équilibrée et du sport.”
Là, j’ai recraché mon café. On croirait une publicité pour une mutuelle. Bien manger, bouger, c’est top. Mais ça ne va pas faire repousser l’aire fusiforme déficiente dans le cerveau.
Prosopagnosie : ELSAN a corrigé son site internet 11
Cet article médical a été relu et validé par un médecin spécialiste en neurologie au sein d’un établissement ELSAN, groupe leader de l’hospitalisation privée en France.
Elsan indique que l’article aurait été validé par un neurologue. Alors, je ne vais pas remettre en cause ce médecin (il a sûrement autre chose à faire que de corriger des articles web 😉). Mais ça interroge quand même le processus de validation éditoriale : comment une telle phrase a-t-elle pu passer alors qu’elle contredit le consensus scientifique ?
Je ne suis pas neurologue, j’ai échangé avec trois spécialistes sur le sujet, et aussi avec plus d’une centaine de personnes prosopagnosiques. Verdict unanime : personne ne voit les visages flous. On les voit très bien, nets, précis… Le problème, c’est leur reconnaissance. Nuance fondamentale.
Bref, on a plein d’études, de témoignages, et même des gens prêts à partager leurs expériences pour améliorer l’article. On serait ravi d’aider à corriger le tir, avec plaisir et sans rancune
Le problème derrière l’anecdote
Qu’un site diffuse des approximations, ça peut arriver. Le rédacteur médical ne pense sans doute pas à mal. Il remplit probablement une mission : augmenter la visibilité du site dans les moteurs de recherche afin de remplir le carnet de rendez-vous. C’est le jeu de l’optimisation du référencement, et il faut reconnaître qu’ils sont doués.
Je n’y connais rien en droit, ni dans les réglementations médicales qui autorisent l’information tout en limitant la publicité. Je ne sais pas s’il existe une obligation de moyens ou de résultats dans l’exactitude de l’information diffusée.
Prosopagnosie : ELSAN a corrigé son site internet 12
Mais, comme le disait l’oncle Ben à Peter Parker : “Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités.” Un site aussi bien référencé pourrait profiter de son aura pour publier un article de vulgarisation clair, sourcé, qui aide réellement les personnes concernées… plutôt que de les envoyer sur de fausses pistes.
Il est même un peu risible que leurs mentions légales précisent qu’ils déclinent toute responsabilité en cas d’erreur ou d’omission.
Le vrai problème, c’est que cette page est mieux référencée que d’excellents articles scientifiques (certes, souvent trop techniques), ou même que Wikipédia. Beaucoup d’internautes s’arrêtent au premier lien. Et repartent avec une vision biaisée.
Pourquoi ça compte
Nous, ce qu’on souhaite simplement, c’est que ce trouble soit compris.
La prosopagnosie n’est pas dramatique : on vit très bien avec. On a juste besoin de la comprendre pour mieux compenser.
Le vrai danger, c’est qu’une personne qui se demande si elle est prosopagnosique lise ces approximations et se dise : “Je ne suis pas concernée, puisque je vois net.” Alors qu’elle l’est peut-être, et qu’un passage chez un médecin ou un neuropsychologue pourrait lui apporter un vrai soutien.
Et si ELSAN faisait mieux ?
On leur propose donc :
Que l’article soit signé par un neurologue identifié, qui cite ses sources.
Que le bouton “prendre rendez-vous” mène vers un spécialiste pertinent (et pas vers un chirurgien bariatrique…).
Que le SEO ne serve pas seulement à capter des patients, mais aussi à informer.
Parce qu’au fond, la prosopagnosie n’a pas besoin de sensationnalisme.
C’est un trouble courant, simplement méconnu, qui mérite d’être décrit clairement pour que les nombreuses personnes qui en souffrent puissent se reconnaître.
Cette analyse se fonde sur mes recherches personnelles et mon expérience en tant que personne concernée, et vise à contribuer au débat public. Elle ne se substitue en aucun cas à un avis médical professionnel.
Pour toute question de santé, seul un professionnel qualifié est habilité à poser un diagnostic ou proposer un traitement.
Il y a les chiffres, bien sûr.Les tableaux, les pourcentages, les scores, les seuils. Toute cette jolie mécanique qui donne l’impression que l’on peut ranger l’expérience humaine dans des cases bien...
Depuis un an, le site de l’Association Prosopagnosie de Langue Française propose un test de détection pour aider les personnes à mieux comprendre leurs difficultés de reconnaissance des visages. Ce...
La théorie de l’arbre : comprendre comment un TND peut façonner l’identité Par le Dr Hibou, spécialiste des humains qui disent “ça va” Cet article s’inspire notamment de la vidéo de Psycocouac sur...
Vous êtes de plus en plus nombreux à débarquer sur le site après avoir vu la vidéo de @winter7h (la classe !). C’est d'ailleurs ma fille qui l’a repérée, toute fière de voir que ce sujet dont on...
Le FFA ne “marche pas” comme prévu, mais le problème ne vient pas d’une seule case du cerveau On résume souvent la prosopagnosie par une formule simple : “le FFA ne fonctionne pas”. Le FFA, ou...
De plus en plus de chercheurs, d’entrepreneurs et de personnes concernées posent la même question : des lunettes connectées pourraient-elles aider les personnes prosopagnosiques ? Derrière cette...
Point de départ En l’état actuel des connaissances, rien ne permet d’affirmer solidement que la prosopagnosie développementale touche davantage les femmes que les hommes. Les études disponibles...
Le mardi 31 mars, j’ai été invité dans l’émission Un jour, une vie sur RTL, animée par Faustine Bollaert, pour parler de prosopagnosie. Trente minutes à peine pour essayer de faire comprendre un...
La prosopagnosie est souvent présentée dans le grand public comme une forme de « cécité faciale ». L’expression est frappante, elle se retient bien, et elle donne tout de suite une idée générale du...
Pendant le salon MedInTechs, nous avons installé un studio photo dans l’espace VIP avec une idée simple : rendre visible, de manière concrète et accessible, ce que vivent les personnes...
« Pourquoi c’est si compliqué d’obtenir un diagnostic clinique ? » « Et est-ce qu’on a le droit de s’autodiagnostiquer ? » On me pose ces deux questions tout le temps. Elles arrivent ensemble,...
C’est la troisième fois en quelques semaines qu’un parent me contacte avec la même inquiétude : “Mon enfant ne retient aucun prénom.” “Il ne reconnaît pas ses camarades dans la rue.” “Elle fuit...
On croit souvent que reconnaître quelqu’un, c’est un geste volontaire. Une sorte de décision tranquille: “tiens, c’est Paul”. Dans ce contexte, savoir comment reconnaitre le visage d'une personne...
Le 21 janvier 2026 à 11h00, Le Parisien a publié un article où je raconte un truc pas très glamour : je n’arrive pas à reconnaître les visages. L’article a été écrit par Ariel Guez, qui m’a...
Prosopagnosie: quand le visage ne suffit pas… et comment on s’adapte Il y a une scène banale, presque anodine, qui peut virer à l’épreuve pour certaines personnes: quelqu’un vous salue...
0 commentaires