La prosopagnosie, aussi appelée “amnésie des visages”, est un trouble encore mal connu en France. Et comme souvent, il a fallu qu’une célébrité prononce le mot à la télé pour que le grand public se dise: “Attends… ça existe vraiment ce truc ?”.
C’est ce qui s’est passé quand Thierry Lhermitte a évoqué la prosopagnosie dans un entretien avec Michel Cymes. L’info a tourné, les recherches ont explosé… puis l’acteur a nuancé en expliquant qu’il ne souffrait pas réellement de prosopagnosie au sens médical strict, mais qu’il était surtout “pas très physionomiste”.
Même avec ce recul, le résultat est là: Thierry Lhermitte a contribué à rendre visible un trouble méconnu, souvent mal compris, et parfois minimisé.
Qui est Thierry Lhermitte, et pourquoi sa parole a compté
Thierry Lhermitte, c’est une figure populaire du cinéma français, membre du Splendid, connu pour Les Bronzés, Le Père Noël est une ordure, et une carrière longue comme un dimanche pluvieux.
Mais dans cette histoire, il y a un détail intéressant: sa famille est liée à la neurologie. Son grand-père, Jean Lhermitte, était neurologue (son nom est associé au “signe de Lhermitte”). Et Thierry Lhermitte est aussi engagé depuis longtemps dans la recherche médicale, notamment via la Fondation pour la Recherche Médicale (FRM).
Ce mélange “culture populaire + intérêt réel pour les sciences” explique pourquoi ses mots ont eu un impact: on l’écoute, et on se dit que ce n’est pas juste une vanne.
“Je suis prosopagnosique”… puis “non, pas vraiment”: ce qu’il a dit exactement (et ce que ça a déclenché)
Dans l’entretien avec Michel Cymes, Thierry Lhermitte évoque une difficulté à reconnaître les visages. Il raconte notamment une anecdote marquante liée à sa sœur, qu’il n’aurait pas reconnue immédiatement après une longue période sans la voir.
Le problème, c’est qu’ensuite, le mot “prosopagnosie” a circulé comme une certitude: “Thierry Lhermitte est prosopagnosique”. Sauf qu’il a ensuite clarifié.
Dans l’article de Santé Magazine, il est expliqué que Thierry Lhermitte ne souffre pas de prosopagnosie diagnostiquée, et que la confusion vient d’un usage un peu rapide du terme (et de reprises médiatiques en chaîne). Il se décrirait plutôt comme quelqu’un de “pas très physionomiste”.
Il a peut-être “rétropédalé”, mais il a surtout aidé à faire connaître un mot que personne ne connaissait.

France, recherches “prosopagnosie” (Google Trends, 2004–aujourd’hui).
On observe plusieurs pics d’intérêt liés à des séquences médiatiques:
février 2021: Thierry Lhermitte qui évoque la prosopagnosie l’émission de Michel Cymes
20–22 février 2022: démenti de Thierry Lhermitte “je ne suis pas prosopagnosique »
Thierry Lhermitte, “notre Brad Pitt” ?
La comparaison fait sourire, mais elle sert à comprendre un phénomène médiatique simple:
- Brad Pitt a parlé publiquement de “face blindness” / prosopagnosie, ce qui a relancé l’intérêt mondial autour du sujet.
- En France, Thierry Lhermitte a eu un effet similaire: un acteur ultra-connu, un mot compliqué, et tout le monde se met à googler.
Même si Thierry Lhermitte a ensuite nuancé, l’impact a existé: il a mis le trouble dans la lumière.
Prosopagnosie: ce n’est pas “ne reconnaître personne”
C’est là que beaucoup se trompent.
La prosopagnosie n’est pas un problème de vue. Ce n’est pas “je vois flou”. C’est une difficulté du cerveau à associer un visage à une identité.
Une personne prosopagnosique peut:
- voir parfaitement un visage,
- décrire des détails,
- repérer un sourire, une tension, un regard fuyant,
- et pourtant ne pas réussir à reconnaître la personne plus tard, surtout si le contexte change.
Et surtout: les personnes prosopagnosiques reconnaissent souvent les gens… autrement que par le visage.
Comment reconnaître quelqu’un sans reconnaître son visage (les stratégies de compensation)
C’est un point essentiel, parce que c’est souvent ce qui rassure:
Si tu es prosopagnosique, tu peux quand même réussir socialement, mais tu t’appuies sur d’autres indices, par exemple:
- la voix (timbre, rythme, expressions),
- la démarche, la posture,
- les cheveux (couleur, coupe), une barbe, des lunettes,
- le style vestimentaire,
- le contexte (lieu, groupe, situation),
- des habitudes: manière de parler, tics, humour, énergie.
Donc non, la prosopagnosie ne veut pas dire “je ne reconnais personne”.
Ça veut dire: le visage n’est pas ton outil principal pour identifier.
Pourquoi “pas physionomiste” et “prosopagnosie” sont souvent confondus
Parce que c’est un spectre:
- certaines personnes ont juste une mauvaise mémoire des visages,
- d’autres ont une vraie difficulté dans certaines conditions (fatigue, stress, soirée, changement de coiffure),
- et d’autres encore ont une prosopagnosie marquée, handicapante, parfois depuis l’enfance.
Résultat: le mot est utilisé comme raccourci. Et les médias adorent les raccourcis. Les médias adorent aussi se tromper vite et corriger lentement.
Ce que l’épisode Thierry Lhermitte a changé (même s’il a nuancé)
Même si Thierry Lhermitte a expliqué qu’il n’était pas “prosopagnosique” au sens médical, il a quand même permis:
- que le terme circule,
- que des gens se posent la question,
- que le trouble soit un peu moins invisible.
Et ça, pour un sujet qui touche l’identité, la vie sociale, la honte, l’anxiété, c’est loin d’être anecdotique.
À retenir
- La prosopagnosie n’est pas “ne reconnaître personne”: c’est une difficulté à reconnaître l’identité via le visage.
- Les personnes concernées compensent souvent avec la voix, la silhouette, le contexte, et plein d’indices non faciaux.




















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